RELANCE : L’OCDE NE SAIT PLUS A QUEL SAINT SE VOUER

 


Jacques Garello nous en a parlé dans son éditorial de la semaine dernière « Epidémie » à propos de la « peste keynésienne ». La maladie s’aggrave et il nous faut y revenir. Le credo nouveau est arrivé, la religion universelle est là : la relance. Je relance, tu relances, il relance, nous relançons, vous relancez, ils relancent. Tous, le G20, le FMI, les USA, la France, la Chine, l’Union européenne, les Anglais, les Espagnols, les petits et les grands. Certes, quelques uns trainent les pieds, comme les Allemands, qui ne comprennent pas pourquoi on leur a demandé pendant dix ans de supprimer leur déficit budgétaire pour revenir en arrière sur cet effort en quelques jours. Mais on finira par vaincre ces résistances, grâce à l’influence de ceux qui ont la foi des convertis, comme Nicolas Sarkozy.


Il y a pourtant ici ou là quelques doutes. Le rapport semestriel de l'OCDE est siginficatif, car on y perçoit de grandes hésitations. Les experts prévoient certes une récession en 2009, presque partout, mais ils annoncent une reprise en 2010, avec en moyenne 1,5% de croissance (ceux qui se croyaient en 1929 en seront pour leurs frais).


Bien entendu, ils entonnent le cantique de la relance, puisque c’est un passage obligé, mais avec des nuances. Le Figaro les résume en titrant sur six colonnes : « L’OCDE met en garde contre les dépenses publiques excessives et mal orientées ». Y aurait-il donc relance et relance ? Ecoutons encore notre confrère : « Fidèle à son credo libéral, même en temps de crise, l’OCDE a mis en garde les gouvernements des pays membres contre des plans de relance trop dispendieux qui feraient la part belle aux aides sectorielles ». Y aurait-il donc encore quelques libéraux, même à l’OCDE ?


Qu’on se rassure. L’OCDE ne s’est pas convertie à l’ultra-libéralisme. Son chef économiste déclare en effet : « La relance budgétaire n’est acceptable  que si elle intervient à point nommé, si elle reste ciblée et temporaire, et si elle intervient dans les pays où la récession est la plus forte, et la marge budgétaire la plus importante ». Notons en passant que cela exclurait une relance en France, qui n’a aucune marge budgétaire, ou les USA ou l’Angleterre, puisqu’elles sont déjà en déficit massif. L’OCDE met tellement de conditions qu’on a l’impression que si elle est encore pratiquante de la religion keynésienne, elle n’a plus la foi. L’OCDE aurait accepté une relance seulement dans les pays à excédent budgétaire. « Les pays qui dépensent le plus sont plutôt ceux qui n’en ont pas les moyens ».


De plus, l’OCDE aurait préféré des baisses d’impôts « à une relance keynésienne par les infrastructures ». Il paraît que la relance par les grands travaux est trop longue à mettre en œuvre et peu efficace à court terme. Mais l’OCDE reste plutôt keynésienne en envisageant les effets de la relance par baisse d’impôts sur la demande et non sur l’offre. Si elle approuve le sauvetage du secteur financier, elle émet de fortes réserves contre le soutien à l’industrie ou à des secteurs particuliers comme l’automobile. « Les aides publiques ne se justifient que s’il y a un risque systémique, c'est-à-dire un risque de contagion, comme dans la finance ». Mais « si un constructeur automobile fait faillite, les acheteurs iront voir la concurrence ; il n’y aura pas là d’effet de contagion ». Sinon, ou ouvre la boite de Pandore et il faudra à terme soutenir chaque secteur concerné !


Ainsi, à l'instar des Allemands, les gens de l'OCDE commencent à avoir des doutes. Ils ne savent plus à quel saint se vouer. Cette hésitation pourrait annoncer une accalmie dans la propagation de l'épidémie keynésienne. Une course de vitesse est donc désormais engagée : les esprits retrouveront-ils la raison avant que les méfaits des plans de relance soient visibles ? Si c'était le cas, on pourrait peut-être échapper à la catastrophe, on pourrait arrêter la course au dirigisme avant que les dégâts ne soient trop importants. Avant que les fameuses relances n’aient relancé déficits et inflation, et retardé la reprise. Il est vrai que, pour leur part, les idéologues ne changeront jamais.



Jean Yves Naudet

Le 4 décembre 2008

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Jean Yves NAUDET est Professeur d’Economie à la faculté de droit de l'Université Paul Cézanne. Il a créé et dirige le Centre d’Ethique Economique et de Déontologie Professionnelle. Il dirige depuis Janvier 2002 le Magistère Journalisme, Communication, Economie de la Faculté d'économie appliquée.

   
 
  

 

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