ILS IGNORENT L’ECONOMIE, MAIS QUI LA LEUR APPREND ?


« Ils », ce sont les Français récemment sondés à l’occasion de deux récentes enquêtes, qui montrent à la fois leur ignorance en matière économique et leur souhait d’être mieux informés. La première enquête, publiée notamment par Les Echos, a été réalisée par la Fnege (Fondation nationale pour l’enseignement et la gestion des entreprises), qui a posé 20 questions à un échantillon de 1000 Français. Leur note moyenne est de 5,9/20 et 7% seulement des personnes interrogées ont eu la moyenne.

Certaines réponses montrent une rare ignorance. Ainsi 32% des Français confondent chiffre d’affaires et bénéfices ; pas surprenant qu’ils trouvent ces derniers trop élevés ! 11% pensent que la TVA est partagée entre l’Etat et les entreprises : donc nos impôts financeraient les entreprises…43% seulement savent ce qu’est le dividende, tandis que 23% le confondent avec la plus-value de cession et 7% avec la valeur du titre. 10% des personnes pensent que les prix sont déterminés en commun par tous les concurrents. 33% seulement savent comment sont nommés les PDG des SA. 29% savent qu’un salarié qui touche net 1500 euros en coûte le double à l’entreprise. 6% seulement imaginent la mobilité du marché du travail et savent que 200 000 personnes par mois trouvent un nouvel emploi.

La Fnege fait remarquer que d’une manière générale, l’image dominante est celle d’une vision dévalorisée ou négative de l’entreprise. Les Français croient que les salariés ne gagnent presque rien et que les actionnaires se gavent de profits.

Il est inutile d’insister sur la responsabilité des médias dans ce domaine, car les pages économiques des journaux, ou pire encore les télévisions ou les dépêches d’agence, étalent en général l’ignorance économique, sur arrière-fond idéologique. Les formations au journalisme économique sont rares ou très orientées. Il y a quelques exceptions, comme le magistère et le master « Journalisme, communication et économie » de la Faculté d’Economie Appliquée d’Aix-Marseille III, qui ose parler des bienfaits de l’entreprise et du marché.

L’autre enquête réalisée par la TNS Sofres pour le CODICE (Conseil de la diffusion de la culture économique) montre que les trois quarts des Français jugent que l’information économique n’est « ni accessible, ni compréhensible ».

Or les Français expriment un ardent besoin de comprendre l’économie, pour « mieux comprendre le monde actuel » (42% des réponses, plusieurs réponses étant possibles), pour « savoir investir et placer son argent » (37%), pour « mieux comprendre les mécanismes de l’entreprise » (24%), pour « préparer sa retraite » (26%), pour « savoir mieux expliquer l’économie à ses enfants » (26% ), pour « apprendre à créer son entreprise » (14%), etc. Et 65% pensent qu’ils sont mal informés sur les changements de la vie économique française.

Au-delà de la responsabilité des médias, il y a bien sûr celles du système éducatif, notamment dans les lycées, des programmes et des manuels très orientés idéologiquement contre l’entreprise et le marché libre. Couronnant le tout, la plupart des universitaires forment leurs étudiants au mieux au keynésianisme, au pire au marxisme. En voici d’ailleurs une preuve.

Ce dernier sondage a été réalisé à l’occasion des journées de l’économie tenues à Lyon. Par un fait du hasard, tout ce que l’on peut dire de la désinformation économique dont souffrent les Français a été illustré par les propos de Jean-Paul Fitoussi, membre du comité scientifique de ces journées : « En économie, on veut absolument apprendre des certitudes aux étudiants, alors qu’il faut leur enseigner le débat. Et l’économie est le monde des incertitudes ». Comment débattre sans connaître les fondements d’une discipline scientifique ? Et s’il est vrai que la vie économique, comme la vie tout court, doit s’accommoder de l’incertitude, la science économique, pour sa part, a établi des lois indiscutables, intemporelles et universelles. Mais notre éminent collègue ignore tout de ces lois. Voici qui situe son savoir : on ment aux Français depuis des années, dit-il, en leur faisant croire que « la mondialisation est vertueuse » et « que l’économie de marché est censée les rendre heureux ». Nous, nous croyons que c’est avec de tels professeurs que les Français demeurent nuls en économie.


Le 3 décembre 2008

   
 
  

 

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