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C’est une question que nous posent souvent les lecteurs de la Lettre
et visiteurs du site www.libres.org. On se la pose à nouveau ces temps-ci après
le joli mois de novembre. En réalité, la question n’est pas simple. Le Ministère
de l’Économie s’y est employé, mais il se heurte lui aussi aux limites de l’exercice.
Car, comme l’expliquait BASTIAT pour toutes les questions économiques, il y a
« ce qu’on voit et ce qu’on ne voit pas ». Ce qu’on voit est évidemment le plus facile
à mesurer. Les mouvements sociaux paralysent directement un secteur comme la SNCF
ou la RATP : tant de recettes en moins, de billets à rembourser, de services
de transports non assurés. Mais il y a toutes les conséquences médiates :
les travailleurs empêchés de se rendre sur le lieu de travail, la production réduite
dans de nombreux secteurs, la désorganisation de l’activité économique. Il est
plus difficile d’en mesurer la valeur exacte. La grève des fonctionnaires a ajouté ses
dégâts à celle des transports : poste, hôpitaux, crèches, écoles, la liste
est longue. Mais, comme il s’agit souvent de « services publics », la
valeur de ce qui a été gaspillée est difficile à évaluer. Enfin il y a tous les
coûts représentés par les livraisons en retard, qui ont des effets en chaîne sur
la production, les heures d’embouteillages qui consomment en pure perte un pétrole
hors de prix et usent les nerfs des conducteurs… Plus généralement, comme le souligne la
Confédération générale des petites et moyennes entreprises (CGPME) : « les
mouvements sociaux nuisent gravement à l’économie française ». L’influence
peut en effet se propager de secteur en secteur : le tourisme par exemple
a beaucoup souffert de la grève des transports (annulations en série), de même
que le commerce (chute considérable des achats) ou la vente par correspondance,
ou encore l’organisation de salons ou de réunions annulées au dernier moment :
autant de contrats qui ne seront pas passés. Selon certains experts, comme le cabinet
Acdef, cité par Le Figaro, c’est jusqu’à 25% au moins de l’activité nationale
qui peut être touchée indirectement par une grève comme celle des transports.
Ce qui ferait 2 milliards d’euros perdus par jour. Le ministère de l’économie,
qui ne veut pas trop charger les syndicats, avance plutôt le chiffre de 400 millions
d’euros par jour de perdus, ce qui serait déjà considérable. En cinq jours, cela
fait tout de même deux milliards. Bilan, selon cette estimation minimale, à notre
avis, comme à celle d’autres experts, très sous-estimée. Une semaine de grève,
cela représente au minimum 0,1% de PIB en moins. Quand on sait que la croissance
française, la plus faible d’Europe, se traîne en dessous de 2%, une semaine de
grève représente un vingtième de la croissance annuelle !
Mais à notre sens, tous ces calculs oublient
l’essentiel, qui est ce qu’on ne voit pas. Ce qu’on ne voit pas, c’est l’impact
catastrophique sur l’image économique de la France. Combien de fois a-t-on cité
les exemples réels (nous en connaissons) de chefs d’entreprise étrangers venus
investir en France et repartant en courant après une demie journée de rendez-vous
annulés à cause de la grève ou une journée perdue dans les embouteillages. Croit-on
que cela va attirer les investisseurs étrangers et les capitaux créateurs d’emplois ?
Le cabinet Acdef, toujours cité par Le Figaro,
souligne aussi l’impact « dévastateur » sur la confiance dans l’économie
du pays. La confiance des ménages est très sensible aux grèves (elle était tombée
au plus bas lors des grèves de 1995). Celle des entrepreneurs l’est encore plus.
Or la confiance, le « moral » des agents économiques est un élément
déterminant de la croissance ; quand on a confiance dans l’avenir (comme
sous REAGAN aux USA), on investit, on anticipe, on va de l’avant. Enfin il faudrait prendre en compte les « coûts humains », en fatigue, en familles qui ne peuvent se retrouver le soir, en énervement, en temps gaspillé, en découragement. C’est la conséquence logique d’une conception de la société en termes de lutte des classes. Nous l’avouons : nous ne savons pas chiffrer avec précision le coût de la grève. Mais nous savons avec certitude qu’il est considérable et perdu une fois pour toutes. Dans une économie mondialisée, c’est un coup de poignard porté à une économie qui n’en avait pas besoin.
Le 5 décembre
2007
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