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C’est le secrétaire
d’Etat à la Réforme de l’Etat, Eric WOERTH, qui s’est chargé de cette mission et il
a été étonné de ce qu’il a vu, au point de s’exclamer aussitôt par
prudence que ce modèle n’était « pas transposable en tant que
tel, même si la culture de transparence et d’évaluation suédoise doit
trouver des applications en France ». Chaque fois qu’un ministre
découvre qu’il y a autre chose dans le monde que le colbertisme à
la française, il précise que c’est très intéressant, mais pas transposable. Certes, le système
suédois a des limites évidentes et en particulier celle d’un coût
exorbitant : les prélèvements obligatoires sont sensiblement
plus élevés qu’en France, ce qui est tout dire (52% du PIB). Cela
dit, les comptes publics sont même en excédent, après avoir connu
des déficits records. Mais dans les années 90, on n’a juré que par
« l’efficacité et la performance ». Résultat : le nombre
de fonctionnaires publics est passé de 400 000 à 220 000
et le statut des agents publics est aujourd’hui identique à celui
des employés du secteur privé. Dans les 13 ministères centraux, il
n’y a plus que 4 000 agents. Mais qui fait
alors le travail de l’administration ? Ce sont des agences indépendantes,
au nombre de 300, employant des salariés de droit privé et avec une
direction révocable à merci. Ces agences ont une très large autonomie
d’action et de gestion. Et elles sont strictement contrôlées par une
autre agence. Mais ce qui
a étonné plus encore le ministre, c’est que cette transformation s’est
faite sous l’œil bienveillant des syndicats et sans grève des Suédois.
Comme l’a déclaré à Eric WOERTH le directeur général de l’agence de
la gestion et de la rationalisation publique : « Ces derniers
sont syndiqués à 80%. Les syndicats connaissent donc leur propre force
et savent jusqu’où ils peuvent aller. Ils ne comptent pas sur le gouvernement
ou la loi pour avancer, mais sur le fruit des négociations qu’ils
mènent ». On a donc curieusement
en même temps ce que le Figaro appelle un Etat « poids léger,
géré comme une entreprise » et des prélèvements obligatoires
élevés. Mais cette réforme de l’Etat ne
défavorise pas l’emploi, au contraire, puisqu’il y a 5,2% de chômeurs
contre 9,9% en France. Et l’objectif fixé par le gouvernement
est de 4% seulement, avec un nombre de chômeurs de longue durée de
36 000 à peine ! Car l’agence nationale du travail suédoise s’emploie
véritablement à rapprocher les chômeurs et les entreprises, avec des
annonces en ligne où l’on peut déposer son CV et être mis en contact
direct avec un recruteur. Tout d’ailleurs
ne nous a pas emballés dans ce système et si les officiels suédois
semblent fiers du fait que les services fiscaux ont accès, grâce à
un numéro personnel unique attribué à chacun dès sa naissance, à l’ensemble
des revenus salariaux et sociaux et même aux comptes bancaires des
particuliers, on nous permettra de ne pas partager cet enthousiasme. Eric WOERTH,
s’il n’en n’a pas retiré l’idée d’un modèle applicable clefs en main
et s’il est sceptique devant la possibilité d’appliquer chez nous
le système des agences, n’en revient pas moins avec la conviction
qu’il faut faire changer les choses en France ; « impulser
une méthode permanente de réforme » ; améliorer la productivité
de l’administration, la qualité des services rendus ; suivre
les engagements pris ; avoir une transparence sur les résultats.
« La transparence est essentielle, car elle créé la confiance »,
affirme le ministre, tout émerveillé de voir qu’en Suède « les
citoyens font confiance à l’Etat ».
Notre ministre
est donc plein de bonnes résolutions, et il veut mettre en place un
baromètre de la réforme de l’Etat. Il reste
encore au ministre deux efforts à faire : visiter quelques pays
encore plus réformateurs, comme le Royaume-Uni, et convaincre ses
collègues du gouvernement qu’il est possible de faire bouger les choses,
même en France, même contre la volonté des dirigeants des syndicats
accrochés à leurs privilèges. Ce dernier point sera sans doute le
plus difficile, mais il ne faut pas décourager les bonnes volontés.
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