DETTE PUBLIQUE : 1 500 EUROS DE PLUS PAR SECONDE


Parfois, un petit chiffre clair vaut mieux qu’un long discours. Lors de la présentation du projet de loi de finances rectificative pour 2003 devant le Conseil des ministres, alors même que l’on discute par ailleurs du budget pour 2004 au Parlement, Francis MER, ministre des finances, a annoncé un chiffre simple : la France s’endette de 1 500 euros de plus chaque seconde.  Le calcul du ministre nous semble correct.


Nous avions fait nous-mêmes un autre calcul également parlant. La dette publique est d’environ 1 000 milliards d’euros au total, soit à peu près 15 000 euros par Français, soit 100 000 francs : une famille française de quatre personnes supporte ainsi une dette publique de 400 000 francs… Autrement dit, nous vivons à crédit, ou plutôt l’Etat vit à crédit, et cela pour payer ses fonctionnaires ou ses clients. Autrement dit, on dépense aujourd’hui de l’argent que l’on n’a pas et que la génération suivante devra rembourser dans quinze ou vingt ans. Elle nous sera sûrement très reconnaissante de notre esprit de responsabilité et de solidarité entre générations  : l’Etat vit à crédit sur le dos de nos enfants.


Une autre chose nous a frappé dans la présentation de ce budget rectificatif pour 2003. C’est le chassé-croisé des dépenses publiques. D’un coté le gouvernement a annulé quelques milliards de crédits, ce qui est plutôt bon signe, mais de l’autre il a dépensé sensiblement plus que prévu, pour répondre à des aides de dernière minute, à la dérive des dépenses sociales, du RMI à la prime de Noël pour les chômeurs. Il n’y a donc pas d’économies, puisque tout ce que l’on a économisé a été dépensé ailleurs.


De même, sans surprise, étant donnée la très mauvaise conjoncture (0,2% de croissance du PIB en 2003), les recettes fiscales rentrent moins bien et, pour un même taux, rapportent moins puisque la matière imposable, c'est-à-dire par exemple le revenu des Français, diminue. Il y aura donc dix milliards d’euros de recettes fiscales en moins, ce qui n’empêche pas chacun d’avoir, en proportion de son revenu, une charge fiscale et parafiscale plus lourde, puisque nous sommes moins riches.


Et l’annonce inquiétante porte donc sur le déficit de ce budget. Il était déjà  de 44,6 milliards dans la loi de finances initiale. Le voilà désormais dans le budget rectificatif de 56 milliards d’euros ; le besoin de financement des administrations publiques (Etat, Sécurité Sociale et collectivités locales) dérape donc encore en 2003, passant à 4% du PIB. Plus rien n’est donc maîtrisé dans le déficit budgétaire, de plus en plus explosif. Qu’en penseraient les Français s’ils savaient comment leurs finances publiques étaient gérées ? Il est vrai que les premiers concernés, nos enfants ou petits enfants, n’ont pas le droit de vote : on peut les spolier tranquillement.


Le 3 décembre 2003

 
   

 

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