LE PRESIDENT DE L’U.E ELU


C’est le premier ministre belge aujourd’hui en exercice, Herman Van Rompuy.

Contrairement à ce que l’on annonçait, il n’y a pas eu de vrai suspense. A partir du moment où la France et l’Allemagne avaient arrêté en commun leur choix sur Van Rompuy, l’affaire était dans le sac. La personnalité de Van Rompuy y a d’ailleurs été pour beaucoup. Il est apparu comme un homme au service de l’Europe bien plus que comme un candidat à une magistrature suprême. Il n’a d’ailleurs pas candidaté, c’est le président actuel de l’Union Européenne, le Suédois Fredrik Reinfeldt, qui l’a sollicité.

Son passé politique récent a plaidé également en sa faveur. C’est le roi des Belges qui lui a forcé la main pour accepter le poste de premier ministre en décembre 2008, et dénouer une crise qui avait privé la Belgique de gouvernement pendant plus de huit mois. Van Rompuy a réussi l’impossible : apaiser le jeu entre Wallons et Flamands. Il a d’ailleurs le profil et le comportement de l’homme de compromis. C’est un flamand de culture française, c’est un chrétien démocrate mais il appartient à l’aile libérale de son parti plutôt socialisant. Son intégrité et son humilité font le reste. Personnellement, comme il aime à le dire, il aurait préféré à 63 ans aller s’occuper de ses petits-enfants. 

Il est normal que l’élection présidentielle européenne ait soulevé tant d’intérêt. A quelques semaines de l’entrée en jeu du traité de Lisbonne, la personnalité du Président donnera le ton de l’Europe politique. Il est élu, rappelons le, pour deux ans et demi, et il est rééligible une fois. Il aura une position stable, tout comme Jose Manuel Barroso, président de la Commission, qui a été renouvelé en septembre 2009 pour cinq ans. Pendant ce temps, certains chefs d’Etat européens pourront changer, notamment en Angleterre où les travaillistes perdront assurément les élections au printemps prochain.  

Les 27 ont éliminé les candidatures trop voyantes, comme celle de Tony Blair, ou trop discrètes, comme celle de l’ex présidente de la Lettonie Vaira Vike-Freiberga. Dans un cas l’Europe aurait eu à sa tête un homme puissant qui aurait porté ombrage aux chefs des Etats de l’Union, dans l’autre l’esprit du traité de Lisbonne aurait été trahi, car la présidente aurait juste suffi à inaugurer les chrysanthèmes. Quant au Luxembourgeois Jean Claude Juncker, il avait déjà passé trop de temps à la tête du comité économique et financier de l’Europe, et avait eu trop d’occasions de se fâcher avec la plupart des chefs d’Etat de l’Union.

En clair, le choix de Van Rompuy signifie que l’on est toujours dans l’ambiguïté. Le couple franco-allemand veut mettre l’Europe à sa botte. Mais le couple est-il solide avec une Angela Merkel qui trompe Nicolas Sarkozy avec les libéraux du FDP ? De plus, Van Rompuy n’est pas aux ordres de ses parrains, il a aussi la sympathie des Etats d’Europe Centrale et de l’Est ainsi que des Scandinaves, et il a assez de personnalité et d’expérience pour prendre des positions indépendantes. Il n’a réellement pas l’allure ni les références d’un beni oui-oui.  

Très indépendante aussi  Catherine Ashton, qui  occupera le poste de « Haut représentant pour les Affaires étrangères de l'UE » et sera vice-présidente de la Commission européenne. Elle était jusque là commissaire britannique en charge de la concurrence depuis un an.  Présidente de la Chambre des Lords, Catherine Ashton passe pour une socialiste très engagée, mais on a relevé aussi son inexpérience européenne, voire même son ignorance de la diplomatie. Là encore, les ambiguïtés européennes ne sont pas levées : la coordination entre atlantistes et neutralistes au sein de l’Union n’est pas pour demain.

Enfin le poste très administratif de secrétaire général reste occupé pour deux ans encore par Christian de Boissieu.  

Ceux qui, comme nous, ont les plus extrêmes réticences à l’égard de l’Europe politique, ne seront pas mécontents de ces résultats. Il y aura assez de présence européenne pour tempérer les ardeurs nationalistes et souverainistes de Nicolas Sarkozy, et l’Europe pourra rappeler à certains gouvernants qu’ils ont des responsabilités à l’égard de leurs partenaires. Il n’y aura pas assez d’Europe pour déboucher sur un exécutif puissant et des politiques réellement communes. De plus, il est vraisemblable que Herman Van Rompuy jouera de son autorité pour contenir les débordements d’un Parlement européen toujours en recherche de pouvoir budgétaire. Le couple Barroso –Van Rompuy pourrait ainsi stabiliser l’Europe politique, donnant une lecture minimale du traité de Lisbonne. Pour l’instant on a évité l’Europe de Jacques Delors.

Le 25 Novembre 2009

   
 

 

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