LE GRAND EMPRUNT COMBLE LE VIDE INTELLECTUEL FRANÇAIS


Nous ne voulons certainement pas suggérer que le grand emprunt aurait été conçu par des débiles mentaux. La conjonction des talents d’Alain Juppé et de Michel Rocard élimine tout soupçon d’utopie, d’erreur ou de démagogie. Nicolas Sarkozy a eu raison d’en appeler aux intelligences de tous bords, de tous partis, et de tenir les distances avec les soi-disant experts en sciences économique et financière.

Mais le sort du grand emprunt est tout de même assez préoccupant.

D’abord le grand emprunt a rétréci au lavage politique. Le Président voulait une grande ambition pour la France. Elle devait montrer à ses partenaires européens que leur frilosité en matière de relance était coupable, et que notre pays, en dépit du délabrement de ses finances publiques, n’hésitait pas à rajouter une couche d’endettement à celles qu’il a accumulées depuis 1974 (dernière année où le budget a été équilibrée et où il n’a pas été recouru à la dette publique pour financer le déficit). Mais l’affaire a capoté du côté même de la majorité.  Il existe encore quelques députés ringards de UMP qui se font élire sur des promesses de maîtrise des finances publiques. L’autre grande idée du grand emprunt était de faire appel non pas au marché financier, mais à l’épargne populaire, pour rendre les Français solidaires des projets d’avenir mûris pour eux.. Ici encore la classe politique a rechigné, faisant valoir que le taux d’intérêt à servir serait bien plus élevé pour attirer cette épargne que celui que l’on obtient actuellement sur le marché financier international. Dans son rapport, le duo Juppé-Rocard a tranché : on fera appel aux marchés financiers.

Nous voilà donc redescendus maintenant de 100 à 35 milliards d’euros – dernier encan. Mais il ne faut pas désespérer. D’un côté il est possible que ces 35 deviennent 60 ou plus, pour peu que des partenariats publics/privés puissent s’organiser, en clair que certaines grandes sociétés mettent la main au portefeuille : pourquoi pas ? D’un autre côté, on sait maintenant  que tous ces 35 milliards, bien que compris dans le grand emprunt, ne seront pas empruntés. Facile à comprendre : les banques ont reçu des avances de la part de l’Etat depuis un an, et elles sont en train de les rembourser, elles s’empressent même de le faire compte tenu des taux usuraires pratiqués par Bercy. Voilà donc environ 13 milliards qu’il ne faudra pas emprunter – mais qui figurent dans le grand emprunt, car l’important n’est pas d’emprunter mais bien de savoir ce que l’on fait de l’argent.

Nous y voici. Tels Perette et le pot au lait, on allait acheter veaux, vaches, cochons, couvées, toutes dépenses qui ‘en sont pas puisqu’elles rapportent dans un avenir lointain. Voilà la grande idée du grand emprunt. Alors que les déficits et les dettes de l’Etat sont ordinairement nuisibles, et représentent autant de gaspillages, le grand emprunt aucune une place à part dans l’arsenal des finances publiques parce qu’il est utile, il prépare les succès de la France dans le futur.
Une France  plus écologique : voici des projets verts, Jean Louis Borloo et Nicolas Hulot n’en manqueront pas. Une France plus compétitive : voici des pôles d’excellence, de très grandes entreprises qui nous permettront d’exporter. Une France plus innovante ; voici le soutien aux énergies nouvelles, aux voitures et avions de demain.

Mais aussi une France plus savante. Et voici la surprise. Michel Rocard annonce que sur les 35 millions on pourra destiner 16 milliards à l’Université française et à la recherche. Bon sang, mais oui, il fallait y penser. La France n’a pas de pétrole mais a des idées. Et plus on manque de pétrole et de moyens de l’acheter, plus il faut avoir d’idées !

L’objectif est, ni plus ni moins, de faire jeu égal « avec les universités américaines ». On suppose que c’est parce qu’elles ont beaucoup d’argent qu’elles ont beaucoup de savants. Donc il suffit de donner aux universités françaises beaucoup plus d’argent encore. C’est bien sûr ignorer que, contrairement à ce que clament les politiques, l’argent ne fait pas le savant, et que nos étudiants sont parmi les plus coûteux en Europe, si l’on ramène le budget global à la tête d’étudiant. C’est oublier aussi que les Universités américaines font payer les étudiants (entre 30.000 et 50.000 dollars par anà et que sur 2.800 universités, 643 seulement sont publiques. C’est ne pas comprendre les méfaits de la gratuité, de la non sélection, du monopole et des diplômes d’Etat alors que la sélection et la concurrence sont les règles de tous les systèmes universitaires performants. Pour être sûre de persévérer dans l’erreur, Madame Pécresse, après avoir conçu des super-universités géantes, imagine maintenant un quota de boursiers : discrimination positive oblige.

Oui, vraiment, le vide intellectuel français méritait d’être comblé. On y vient.

Le 25 Novembre 2009

   
 

 

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