FRONDE DES MAIRES : SARKOZY COPIE THATCHER


La fronde des maires n’a pas été un épisode agréable pour le Président et le gouvernement. Nicolas Sarkozy, qui se fait un devoir d’assister à tous les enterrements et matches de foot, a cru bon de laisser à François Fillon le soin de se faire apostropher et siffler par les maires réunis en leur congrès annuel. François Fillon et Eric Woerth ont multiplié les arguments de nature à rassurer les élus locaux, avec la promesse qu’il ne manquerait pas un écu dans les caisses des mairies de France au cours des prochaines années.

La fronde a réuni deux oppositions et a revêtu deux visages. Elle a été menée conjointement par les élus de la majorité présidentielle et la gauche toujours plus à l’aise dans la démolition que dans la proposition. Elle a un aspect structurel, celui de la centralisation, et une dimension conjoncturelle, celle d’une bataille dans la perspective des élections régionales qui s’annoncent très disputées.

Nous ne reviendrons pas sur l’aspect structurel, évoqué par l’éditorial de Jacques Garello « Fiscalité et libertés locales » (n°1011). Le débat autour de la suppression de la taxe professionnelle illustre le jacobinisme français dans toute sa splendeur : les collectivités locales ne sont pas maîtresses de leurs ressources, mais elles peuvent dépenser sans compter pourvu que ce soit dans le cadre défini par l’Etat.. Parallèlement s’est développé un socialisme municipal marqué du sceau de l’électoralisme, avec les débordements de la vie associative, la multiplication de dépenses somptuaires au prétexte de culture, d’environnement ou de solidarité. De la sorte, on ne sait si la fronde procède d’une légitime pétition contre l’envahissement de l’Etat, ou du goût de la démesure démagogique. La solution libérale serait de mettre des collectivités locales totalement autonomes en concurrence : très vite elles devraient s’aligner sur les mairies et régions offrant les services les plus indispensables aux moindres coûts.

Mais la fronde était aussi faite pour diviser et déstabiliser la majorité. Ici le discours de Martine Aubry a été un modèle du genre. Elle n’a pas hésité à comparer Nicolas Sarkozy à Margaret Thatcher. Pour d’autres que le Président, cela aurait pu passer pour un compliment. Mais on sait l’hostilité qu’il,nourrit à l’égard de la dame de fer, sans doute parce qu’elle a réussi là où il a échoué. Il est vrai que Margaret Thatcher a quitté le pouvoir sur un échec, celui de la poll tax. Et c’est précisément ce que Martine Aubry voulait rappeler.

Pour sa démonstration elle avait besoin d’oublier les tenants et les aboutissants de l’affaire de la poll tax. Margaret Thatcher avait observé qu’il y avait des poches de chômage que n’arrivait pas à éliminer sa politique sociale. Dans certaines grandes villes, comme Manchester ou Leeds, les chômeurs se comptaient par dizaines de milliers alors que le reste du pays était au travail. La raison en était sûrement le socialisme municipal. Les maires travaillistes offraient d’innombrables services « gratuits » à leurs administrés, allant même jusqu’à la restauration gratuite – et de qualité. Par conséquent les gens ne voyaient pas l’intérêt de chercher un emploi puisque tout leur était assuré par la mairie et que les indemnités de chômage étaient un appoint important et exonéré de toute charge fiscale. D’autre part l’argent nécessaire à cette générosité devait bien être pris sur les entreprises et les ménages fortunés, de sorte que les villes s’étaient vidées de leurs forces vives. Margaret Thatcher a tenté d’inverser la tendance et a voulu imposer aux municipalités de refondre totalement leur fiscalité, et de la bâtir sur un impôt unique : la poll tax, que l’on peut qualifier d’impôt de capitation.

L’impôt de capitation est en effet le seul impôt réellement libéral. Il fait peser la même charge fiscale sur tout citoyen, quelles que soient ses ressources. On va donc très au-delà de l’impôt proportionnel. Mais on y va en vertu d’une logique imparable. Qui dit impôt dit service public. Il y a service public quand des prestations ne peuvent être payées par personne et sont pourtant à la disposition de tous. Donc, tous doivent payer l’impôt. Si l’on veut alléger les charges des plus pauvres, il n’y a qu’à réduire les services publics à leur strict nécessaire. Le marché est susceptible de fournir tous les autres biens et services à meilleur compte, et de ménager ainsi le pouvoir d’achat des gens pauvres. A l’inverse les cadeaux municipaux faits aux pauvres sont empoisonnés, ils condamnent au chômage, à l’assistanat, à la servitude.

On comprend que Madame le maire de Lille et secrétaire du Parti Socialiste n’ait aucune sympathie pour ce genre de réforme. On comprend mal en revanche qu’elle ait voulu honorer le Président en le comparant à Margaret Thatcher : il ne désirait ni méritait cet honneur.

Le 25 Novembre 2009

   
 

 

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