VACLAV KLAUS VA-T-IL BOULEVERSER L’EUROPE EN 2009 ?


Il se joue depuis des mois en coulisse un bras de fer qui pourrait se révéler essentiel pour l’Union Européenne. Nous en avons déjà conté certains épisodes. Tant que le traité de Lisbonne ne sera pas adopté par tous, on restera dans le cadre des traités antérieurs, ce qui signifie en particulier une présidence tournante pour l’Union Européenne, tous les six mois. Ce semestre, c’est la France qui préside (Nicolas Sarkozy en est indiscutablement très fier et ne se prive pas de le faire savoir, exerçant ce pouvoir, a priori collégial, de manière très personnelle, ce qui irrite nos partenaires, Allemands en tête). Le premier semestre 2009, ce sera le tour de la République Tchèque et le second semestre de la Suède.

Habituellement, cela ne soulève aucun problème : de tout petits pays succèdent aux plus grands, des présidents de droite à des présidents de gauche, des libéraux à des socialistes : c’est le jeu admis par tous ; à 27, c’est la diversité qui domine. Or, voilà que depuis des mois, sous prétexte de la crise actuelle, la France s’agite en coulisse. Elle fait d’abord valoir que le cœur de la refondation financière passe par l’euro et la BCE, aux côtés des organismes internationaux comme le FMI. Or, ni la République Tchèque, ni la Suède n’appartient à l’euro. Ils devraient donc se montrer discrets, voire s’effacer face à ceux qui ont fait « le bon choix ». D’où l’idée française, que nous avions expliquée, de renforcer les organes de la zone euro (l’euro groupe, présidé actuellement par le premier ministre du Luxembourg), pour remplacer les réunions des 27 par celles de la seule zone euro, et, pour faire bonne mesure, d’en confier la présidence à la France. Tollé de tous nos partenaires devant ces exigences françaises invraisemblables, contraires à tous les textes.

Le fond du problème, c’est que le Président Tchèque, Vaclav Klaus, qui passe pour un « eurosceptique », n'est en réalité qu'un pourfendeur de la bureaucratie européenne, opposé au traité de Lisbonne, et grand libéral membre par exemple de la Société du Mont Pèlerin. Il est donc très opposé aux grandes négociations internationales visant à « refonder le capitalisme », à « réguler la finance mondiale », à « renforcer le rôle du FMI » et autres propositions socialisantes. Or, comme président de l’UE à partir du 1er janvier, c’est lui qui devrait représenter l’Europe lors des grandes rencontres suivant celle qui vient d’avoir lieu le 15 novembre aux USA. En effet, il faudra attendre la prise de fonction d’Obama pour passer aux vraies décisions.

Certes, les Tchèques ne décideront pas seuls ; mais que le « chef de délégation » de l’UE soit un libéral, voilà qui est intolérable dans l’hystérie actuelle anticapitaliste. Mais Vaclav Klaus, que les rédacteurs de cette lettre, et surtout Jacques Garello, connaissent bien, n’est pas homme à céder sur ses convictions profondes. Certes, son gouvernement a paru hésiter sur le traité européen, bien qu’il soit du même parti que lui. Le premier ministre tchèque Mirek Topolanek, a paru fléchir en faveur du traité, parlant de « mal nécessaire ». Il avait même promis à Angela Merkel une ratification avant la fin de l’année. Mais le processus a été reporté, à la demande du président Klaus, qui veut s’adresser à la Cour constitutionnelle et en attendre le verdict.

Pour l'instant, le président Klaus est passé par l’Irlande la semaine dernière : autre pays ayant refusé le fameux traité. Il y a rencontré le gouvernement, favorable au traité, mais aussi le leader du non qui l’a emporté au referendum, Declan Ganley, lui-même entouré de tout un ensemble d’eurosceptiques, Philippe de Villiers compris ! Au point que l’on parle d’une "coalition du non". N’oublions pas, pour compliquer le schéma, que les élections européennes auront lieu en juin, pendant la présidence tchèque, et qu’elles sont traditionnellement assez favorables (proportionnelle aidant) à l’expression d’un mécontentement vis-à-vis de l’Europe de Bruxelles. En outre, la commission européenne elle-même doit être renouvelée après ces élections de juin. Pour mettre un peu d’ambiance, Vaclav Klaus a ajouté que pendant sa présidence de l’UE, le drapeau européen ne flotterait pas sur sa résidence, son pays « n’étant pas une province de l’UE ». Voilà pourquoi certains, France en tète, tirent à boulet rouges sur un homme qui n’est pas politiquement correct. Les Français lui suggèrent même de « passer son tour ». Voilà enfin qui annonce une année européenne 2009 passionnante.


Le 26 novembre 2008

 
  

 

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