LA SNCF MET LA CONCURRENCE SUR UNE VOIE DE GARAGE


La SNCF est sous les feux de la rampe. Après la grève des cheminots du fret, mécontents des nouveaux horaires de travail, voici les sabotages sur les voies. Il y a un point commun, en dehors des trains : il s’agit de s’opposer à la logique capitaliste qui menace les hommes du rail.


Cette menace vient de l’Europe. Désormais, suite à des directives européennes, le marché du fret ferroviaire est ouvert à la concurrence, comme le sera bientôt, dans quelques années, celui du transport de voyageurs. Pour bien distinguer les choses, il y a désormais une société, RFF (Réseau Ferré de France) qui s’occupe des rails (l’équivalent des routes dans le transport routier) et des sociétés en concurrence (dont la SNCF, mais aussi Veolia et d’autres) qui s’occupent des trains et du transport des marchandises (l’équivalent des camions sur les routes). Avoir un seul réseau ferré n’empêche en rien la concurrence de jouer entre plusieurs compagnies de transport.


Voilà pour la théorie. La pratique est un peu plus compliquée. Certes, les concurrents de la SNCF ne cessent de progresser, surtout compte tenu du manque de productivité de la SNCF et de la fréquence des grèves dans cette entreprise. Mais tout d’abord, si la SNCF ne possède pas les rails, c’est elle qui a la haute main sur leur fonctionnement, à travers les postes de contrôle et d’aiguillage. Veolia avoue ne pas oser dire ce qui se passe sur le terrain, de peur que ses cheminots ne soient agressés.


Autre problème, quand un opérateur privé veut faire circuler un train sur le réseau, il doit en faire la demande à RFF. Celle-ci lui accorde un horaire de passage, appelé un sillon. Mais RFF doit en référer à la SNCF, car, comme le rappelle Le Figaro qui rapporte cette information, celle-ci gère le trafic. C’est ainsi que la SNCF prend automatiquement connaissance du chargement du client et s’empresse… de lui faire une contre-proposition commerciale. Le directeur général de Veolia Transport est clair : « Tant que le SNCF aura la haute main sur l’information commerciale, elle entravera la concurrence ». Étrange conception donc du fonctionnement concurrentiel du marché que d’être obligé de livrer à son concurrent à l’avance le détail de ses activités !


Il y a mieux. Pour l’octroi des sillons, normalement la concurrence implique que tous les opérateurs soient traités sur le même pied d’égalité. Ce n’est pas le cas selon Veolia : « Tant qu’elle aura la main sur la circulation, la SCNF sera favorisée pour l’octroi de sillons ». Mais il y a plus subtil. Monoprix, par exemple avait lancé un appel d’offre pour le ravitaillement par train de ses magasins parisiens. Veolia fait une offre à 10% en dessous de celle de la SNCF. Oui, mais voilà, la SNCF lui refuse l’accès de la gare de Bercy et lui propose celle de Pantin, au nord de Paris. Pourquoi ? Parce qu’elle savait que Monoprix n’était pas intéressé par une livraison à Pantin, mais à Bercy : cela permet de faire croire que l’égalité est respectée : on a offert un sillon à Veolia. Mais c’est un cadeau empoisonné que ne pouvait que refuser Monoprix, qui a dû choisir l’offre de la SNCF, 10% plus chère !


Enfin, Le Figaro rapporte aussi que sur le terrain, « La vie des opérateurs privés semble tout aussi compliquée ». C’est ainsi que près de Carcassonne, Veolia utilise une gare désaffectée pour charger des produits locaux. « A chaque fois ; nos cheminots doivent aller demander les clefs à la gare SNCF voisine. A chaque fois, raconte un cadre de Veolia, ils se font insulter. Nous restons d’affreux capitalistes à leurs yeux ».


Quel pays, autre que la France, accepterait ainsi le règne de la force brute, du chantage, de la terreur, de l’intimidation ? Et pendant ce temps notre classe politique ose nous proposer comme modèle le grand retour de l’Etat, les nationalisations et demain, le retour des monopoles publics. A quand la restauration du commissariat général au plan ? D’ailleurs, nous avons vérifié, aujourd’hui encore à l’Assemblée nationale, la commission des finances s’appelle exactement « Commission des finances, de l’économie générale et du plan » ! Simple anticipation sans doute.



Le 19 novembre 2008

 
  

 

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