LA SAGA DU LIVRET A


Nous n’avons cessé de dénoncer le scandale du livret A, forme préférée d’épargne des Français, surtout en cette période de crise. C’est un reste archaïque de l’épargne administrée, gérée selon le bon vouloir de l’Etat. Nous venons de vivre un nouvel épisode, avec l’annonce d’une baisse à venir du taux de rémunération. Mais, au delà de cet épiphénomène, tout pose problème dans cette affaire.

D’abord, les contraintes sont fortes. La rémunération n’est pas libre, mais fixée par une formule complexe, qui tient compte essentiellement d'un plancher, du taux d’inflation, du taux du marché,  et pour laquelle l’Etat a quand même son mot à dire si les circonstances sont « exceptionnelles ». Actuellement le taux est de 4% et il devrait mécaniquement baisser, compte tenu d’un certain recul de l’inflation, au 1er février, à 3% ou 3,5%. Or la plupart des autres placements sont libres, le jeu du marché et de la concurrence fixant les taux. En outre, ce livret est plafonné à un montant maximum qu’on ne peut dépasser (15 300 euros) ce qui le limite à des épargnes petites ou moyennes. Pas de liberté là non plus.

Ensuite, ce livret A a longtemps été un monopole des Caisses d’épargne et de La Poste, contrairement à toutes les règles de la concurrence et aux injonctions de Bruxelles ; désormais, c’est terminé à compter du 1er janvier prochain, et toutes les banques vont offrir le livret A et font de la publicité pour cela. L’avantage essentiel, c’est qu’il est exonéré d’impôt, ce qui donnait évidemment un avantage aux deux entreprises qui en avaient le privilège, par rapport aux autres livrets des autres banques. La concurrence va enfin jouer ; mais comme le taux n’est pas libre, les banques proposent des comptes associés à ceux qui ouvriront un livret A, avec d’autres avantages, notamment de taux (mais non défiscalisé). Mais la baisse programmée du taux du livret A, au moment où beaucoup d‘épargnants inquiets refluaient vers lui, ne va pas dans la bonne direction.

D’autre part, les fonds collectés par le livret A, qui représentent des sommes énormes, ne vont pas alimenter un libre marché, mais, dans la logique d’une épargne administrée, vont essentiellement atterrir à la Caisse des dépôts, organisme public, qui s’en sert essentiellement pour financer les HLM et le logement social, ainsi que des équipements des collectivités locales. Voilà des sommes artificiellement détournées, qui tombent dans un circuit public ; le souci de financer ainsi le logement social et les équipements publics à bas prix conduit à pousser le taux du livret A à la baisse, pour que les épargnants, sans le savoir, financent ainsi, en étant sous payés, ces opérations publiques. Ajoutons que l’évolution actuelle de la Caisse des dépôts, organisme public, comme bras armé financier de l’Etat, voire comme fonds souverain à la française, est encore plus inquiétante pour l’usage qui sera fait de ces placements.

Les hommes politiques ont presque tous protesté contre la future baisse du taux, au moment où les épargnants sont inquiets. Mais ce n’est que la conséquence logique d’un système entièrement dans les mains de l’Etat. S'ils voulaient le meilleur taux pour les clients, il fallait libéraliser totalement le livret A et faire confiance à la concurrence. Ajoutons que le livret A a toujours été le symbole du placement sans aucun risque de « père de famille » (sinon celui d’être peu rémunéré et de se faire dévorer par l’inflation). Or l’un des deux organismes actuellement habilité, la Caisse d’épargne, vient de perdre 751 millions dans des opérations peu transparentes qui ont conduit à des mises en examen ; pas de quoi rassurer les pères de famille inquiets. C’est la preuve qu’un organisme public ou parapublic ne met à l’abri de rien, au contraire.

Nous avons une solution simple pour la livret A : libéraliser totalement, sans taux fixé par les pouvoirs publics, sans plafond, sans affectation des fonds et on verra alors les banques en concurrence faire preuve d’imagination pour attirer les épargnants, en tous cas ceux qui ne souhaitent pas prendre de risques. Les épargnants n’auront alors plus à craindre les manipulations étatiques des taux, fusent-elles dissimulés derrière des formules mathématiques savantes.


Le 6 novembre 2008

 
  

 

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