CORSE : « INDISPENSABLE » MONOPOLE AERIEN


Il n’y a qu’en France qu’on puisse trouver des situations aussi ubuesques. La Corse étant une ile, la loi prévoit un principe de continuité territoriale, impliquant des dessertes aériennes reliant les aéroports corses à Orly, Lyon, Nice et Marseille.  On comprend très bien ce principe, mais dans tous les pays (et les iles ne manquent pas dans le monde), ce principe est mis en œuvre par le secteur privé : il est rentable d’explorer de telles lignes, donc le privé assure la continuité territoriale. En France, on pense qu’il faut passer par une forme de « service public ».

Pour Paris, on est passé par un appel d’offre européen, pour une délégation de service public avec compensation financière et exclusivité ! Donc en créant un monopole. Pour  les autres villes, il y a un dispositif d’aide sociale au passager transporté. Résultat ; sur Paris-la Corse (Bastia, Ajaccio, Figari) il y a une délégation de service public avec la Compagnie Corse Méditerranée Airlines (CCM) et Air-France, avec le même système pour Calvi, mais sans compensation. Pour les autres lignes,  c’est la CCM sur la base du dispositif d’aide à caractère social aux passagers transportés.

Oui, mais voilà qu’il faut aussi compter avec les retards de l’administration. Les services  de l’Etat n’ayant pas transmis à temps à la Commission européenne le dossier de la desserte aérienne de service public de la Corse, l’assemblée territoriale de Corse n’a pu attribuer à temps les lignes en question. Le cahier des charges a été voté en juin, il devait entrer en vigueur le 6 octobre, et ce sera seulement pour la saison aéronautique d’été 2009, donc le report a lieu jusqu’au 29 mars. Cinq mois sans service public organisé ! Le président de l’office des transports de la Corse a donc proposé de prolonger de cinq mois les conventions actuelles avec CCM et Air France, ce que l’assemblée a accepté à l’unanimité, de peur de sombrer dans la concurrence.

Donc Air France et CCM Airlines restent en place, mais voilà, les textes ne disent rien sur cette situation et il semble que l’exclusivité de la déserte ne soit pas garantie par les règlements européens au-delà des trois ans qui sont terminés. On ne plaisante pas à Bruxelles sur la concurrence. Donc il semble que rien n’empêche un transporteur de se positionner sur une des liaisons de service public. Bien entendu, l’assemblée de Corse n’en veut pas et fait tout pour l’empêcher, comme elle l’a fait depuis 1999 (ouverture du ciel de la Corse à la concurrence) : chaque appel d’offre donne le même résultat, guère surprenant puisque la collectivité de Corse est le principal actionnaire (60,37%) du capital de CCM Airlines, créé …pour emporter ce seul marché : on n’est jamais si bien servi que par soi-même. Et une entreprise publique, c’est tendance par les temps qui courent.

Oui, mais voilà, c’est compter sans ces maudites entreprises privées qui ne pensent qu’à faire des profits en rendant des services aux gens. C’est le cas d’EasyJet qui a annoncé en mars qu’elle postulerait sur les lignes entre Paris et la Corse… sans demander de contreparties financières ! Au lieu de laisser les entreprises publiques occuper le terrain avec l’aide des contribuables. Et EasyJet de faire remarquer qu’avec 450 000 passagers par an sur Paris-Ajaccio, c’est autant que sur New-York-Milan, « que personne ne songe à subventionner ». Cela est intolérable pour les tenants de la religion du service public et le nouveau cahier des charges a été « adopté pour que certains, nous en particulier » disent les dirigeants de la firme low-cost «  ne puissent répondre. C’est un choix du pouvoir politique corse ». Voilà où on en est en France : on préfère faire financer par le contribuable des lignes que le secteur public est incapable de rentabiliser, au lieu de laisser faire le privé, qui remplit le même service (grèves en moins) sans demander un sou au contribuable.

Car l’administration a de l’imagination. Elle a peu changé le cahier des charges, sauf sur un point, en demandant 950 sièges-jour, avec un dernier vol à 170 places. Voilà qui est bien visé, car EasyJet utilise des A319 à 156 places, ne pouvant ainsi remplir cette condition. Quelle étonnante coïncidence. Pourtant, si on acceptait la candidature « gratuite » d’EasyJet, cela économiserait à l’Assemblée Territoriale Corse l’actuelle subvention soit 33 millions d’euros. Evidemment, cela mettrait en péril la CCM, entreprise publique maintenue en survie artificielle. C’est pour quand, la révolte des contribuables en France ? Ajoutons qu’EasyJet aussi a de l’imagination et vient de décider qu’elle ouvrirait à partir du 12 février un vol quotidien Roissy-Bastia (et non Orly)…


Le 6 novembre 2008

 
  

 

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