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| « LE NOUVEAU SERVICE PUBLIC DE LA TÉLÉVISION » Nicolas Sarkozy avait lancé l’idée en début
d’année, provoquant des réactions diverses : supprimer la publicité sur les
chaînes publiques. Mais cela restait un peu flou et on pensait que le projet,
surtout dans les circonstances financières actuelles, allait être enterré. Pas
du tout. Le voici qui réapparaît au niveau le plus officiel, par la présentation
en conseil des ministres d’un projet de loi organique relatif à la nomination des PDG de chaînes publiques,
et un « projet de loi relatif à la communication audiovisuelle et au nouveau
service public de la télévision ». Le communiqué officiel du conseil des ministres
est édifiant : « Inventer la télévision de service public du XXI° siècle
nécessite une réforme du groupe France Télévisions pour lui permettre de marquer
davantage sa différence en renouvelant en profondeur l’identité du service public,
à travers une offre culturelle plus dense, plus créative et plus audacieuse ».
Comment atteindre ces merveilleux objectifs ?
Il faut libérer « la télévision publique de la pression de l’audience,
qui résulte principalement de la commercialisation d’espaces publicitaires en
sein des programmes, en vue d’assurer une plus grande liberté de programmation.
Le projet de loi prévoit ainsi la suppression progressive de la publicité après
20 heures dès le 5 janvier 2009 et en totalité après l’extinction de la diffusion
analogique. Il garantit expressément le financement pérenne de France télévision,
le gouvernement s’engageant à compenser la disparition de la publicité sur ses
antennes. Pour donner au budget de l’Etat les moyens de cette compensation, sont
instituées deux taxes sur le chiffre d’affaires des opérateurs du secteur de la
communication audiovisuelle et du secteur des communications électroniques ». Voilà qui est clair. Avec la publicité,
on est obligé de tenir compte de l’audience. Il faut donc libérer les chaînes
publiques de cette contrainte insupportable, pour faire enfin les programmes dont
rêvent tous les bureaucrates : l’art d’Etat, l’art officiel, a en effet toujours
donné de bons résultats. On peut certes se plaindre de la médiocrité des programmes
actuels, mais il faut alors éduquer le goût dès la jeunesse, question d’éducation
dans les familles ou à l’école, et trouver des techniques appropriées (comme des
chaînes payantes) pour des programmes moins « grand public ». A coup
sûr, confier les programmes à quelques spécialistes vivant en vase clos et de
préférence se connaissant tous entre eux va entraîner une grande créativité artistique ! Reste le problème du financement :
comment faire pour vivre sans les recettes publicitaires ? Qu’à cela ne tienne :
on va créer deux impôts nouveaux. En France, toute réforme finit par des impôts.
Qui paiera ? Le secteur audiovisuel privé, ce qui est pour le moins paradoxal,
(c’est donc lui qui financera les chaînes publiques, voilà une réforme novatrice !)
et, bien sûr, en dernier ressort, l’ensemble des Français utilisant les communications
électroniques. Qu’on se rassure, ces chaînes du nouveau
service public seront indépendantes du pouvoir. La preuve ? Le projet de
loi organique « implique un nouveau mode de gouvernance qui aboutit à transformer
France télévisions en une entreprise unique et conduit l’Etat actionnaire à reprendre
la responsabilité de nomination de son président dans le respect des impératifs
de défense du pluralisme et de l’indépendance des médias ». La preuve de
cette indépendance ? « Le président de la République nommera les présidents
des sociétés nationales de programmes après avis conforme du Conseil supérieur
de l’audiovisuel » et avec la procédure de consultation des assemblées parlementaires.
Bref, ce sont les hommes politiques qui décideront. Voilà une réforme qui aboutit avant tout
à de nouveaux impôts, qui place encore plus la télévision dans la main de l’Etat,
et qui ne changera rien, sinon dans le mauvais sens, à la médiocrité des programmes.
Voilà qui répond surtout aux problèmes urgents qui se posent aujourd’hui à notre
pays. Et si on considérait une fois pour toutes que l’Etat n’a rien à faire dans
la production de spectacles en général et à la télévision en particulier ?
L’idée que « l’ORTF, c’est la voix de la France », comme disait Pompidou,
est tout de même un peu datée.
Le 5 novembre
2008
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