TRAITE EUROPÉEN : COPIER-COLLER


Les choses s’accélèrent pour le Traîté Européen dit simplifié. Les vingt-sept ont approuvé le « traîté de Lisbonne » le 19 octobre, en outre la procédure et le calendrier ont déjà été fixés : signature le 13 décembre à Lisbonne, ratification au cours de 2008 par les Etats.

Nicolas SARKOZY est pressé et il l’a fait savoir lors d’un bureau de l’UMP auquel il s’est rendu. Le processus de ratification sera engagé en France le lendemain même de la signature, soit le 14 décembre. Difficile de faire plus vite. Bien entendu, pas question cette fois de référendum, mais une ratification par le parlement. On ne nous demandera pas notre avis, chat échaudé craint l’eau froide.

Le texte sera soumis aussitôt au Conseil Constitutionnel, puis aux deux chambres qui devront l’adopter, évidemment dans les mêmes termes, en vue de sa ratification. Le Président souhaite même que nous soyons les premiers à le ratifier, décembre au mieux, janvier au pire. Plus on va vite, moins il y aura de discussions. Le Président en espère des bénéfices en politique intérieure : les socialistes ne savent plus où ils en sont entre partisans du oui et du non. S’ils s’abstiennent le projet sera adopté, mais les francs-tireurs au sein du PS risquent d’être nombreux, affaiblissant le parti à la veille des municipales.

FILLON et SARKOZY, au-delà de cette politique politicienne, se félicitent de ce grand succès pour l’Europe, qui sort ainsi de la « crise institutionnelle » ouverte par le non français. C’est la France, paraît-il, qui a sauvé l’Europe, alors que les Français l’avaient assassinée.

Que représente en réalité ce « nouveau traité simplifié » ? Le seul changement visible est qu’on ne parle plus de « constitution ». Le terme était en effet inapproprié, car une vraie constitution n’est pas une loi d’organisation du pouvoir politique, mais bien l’exposé des moyens utilisés pour garantir les droits individuels. Ce point a été souligné encore une fois au cours de notre dernière Université d’Été de la Nouvelle Économie. Il est vrai que s’il ne s’agit plus maintenant d’une constitution, disparaissent aussi les attributs formels d’une constitution : drapeau, hymne, monnaie commune.

Parlons donc simplement du traité européen, du traité de Lisbonne, comme on parle du traité de Rome. Le texte a-t-il été « simplifié » ?

Il est vrai qu’il est moins long (145 pages, 12 protocoles, 51 déclarations) que celui qui avait été soumis au referendum en 2005. Mais cet allègement a été obtenu par amputation de textes déjà adoptés auparavant (ex-partie III, sur les traités antérieurs), et qui demeurent bien entendu en vigueur. Pour le reste, tout le monde est d’accord : à plus de 90% c’est du « copier-coller » par rapport au texte initial. On y retrouve tout l’arsenal de la bureaucratie européenne, avec ces mécanismes d’une subtilité telle que seuls quelques eurocrates peuvent les comprendre. Vous n’avez rien compris au maquis juridique de la constitution européenne ? Vous ne serez pas déçus par le nouveau traité : c’est le même, en pire sur quelques points.

Les modifications relèvent du bricolage : ainsi on ne parle plus d’un ministre des affaires étrangères, mais d’un haut représentant pour les affaires étrangères. Belle différence. Seule modification intéressante, à la demande de la France : la référence à « la concurrence libre et non faussée », comme objectif n’est plus dans le traité : drôle de progrès ! M. SARKOZY souhaite sans doute une concurrence « contrainte et faussée ». Rassurons-nous : la référence à la concurrence libre  figure toujours en annexe dans le protocole 6. Qu’en déduire ?

La primauté du droit européen a disparu, mais elle est la règle depuis 1963 et elle sera réaffirmée dans une déclaration en annexe. On suppose qu’on ne lira sans doute pas les annexes, mais enfin transférer ce qui fâche du texte en annexe ne change rien. Le préambule parle des « héritages culturels, religieux et humanistes de l’Europe», mais pas spécialement de l’héritage chrétien ; cela risque cependant de suffire à mettre en fureur les gardiens du dogme laïc. Mais on a rajouté à la liberté la non-discrimination, la justice, la solidarité, l’égalité des femmes et des hommes. La garantie des services publics est affirmée, hélas, mais on compense aussitôt en disant que cela ne doit pas gêner la concurrence. Il y en a donc pour tous les goûts. Enfin, fidèle à ses rêves écolos, la France a fait rajouter que « le développement durable de l’Europe (est) fondé sur un niveau élevé de protection ». De quoi rassurer Nicolas HULOT.

En conclusion, pour les libéraux il y a plus à craindre qu’à se féliciter de cette nouvelle mouture. Nous pouvons renvoyer à la série d’éditoriaux de cette Lettre écrits par Jacques GARELLO dans les semaines qui ont précédé le referendum. Il n’y a pas une ligne à changer. Mais, cette fois-ci, on ne nous demandera pas notre avis. Nous le donnerons quand même.

Le 7 novembre 2007 

 

 

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