QUAND UN SYNDICAT RENONCE A LA GREVE… AU CANADA


Décidément, ces Canadiens sont bien étranges. Non seulement ils ont réduit leurs dépenses publiques, puis leurs impôts, mais voilà que certains d’entre eux renoncent au droit de grève. De quoi faire rêver les Français, qui ont pu apprécier les bontés des syndicats ces dernières semaines, et qui savent que la loi bidon sur le service minimum, ayant été vidée de son contenu, ne changera rien. Ils savent aussi que les fonctionnaires allemands n’ont pas le droit de grève ou que la plupart des autres pays limitent celui-ci à certaines périodes ou à certaines heures, notamment dans les « services publics ».

Mais voilà que les Canadiens offrent une piste nouvelle de réflexion, la voie contractuelle. C’est Le Monde Economie qui raconte cette histoire. Un accord vient d’être conclu entre l’équipementier Magna International et le syndicat des travailleurs canadiens de l’automobile (TCA/CAW). En effet, le PDG de l’entreprise et le président du syndicat sont tombés d’accord sur le fait que le secteur automobile étant en crise, cela impliquait « une nouvelle approche des relations de travail » (On imagine la CGT reconnaitre qu’une difficulté dans un secteur nécessite une nouvelle approche des relations sociales…).

La syndicat TCA fait d’ailleurs remarquer que déjà, dans d’autres secteurs, comme la construction ou le transport ou encore la sécurité, des accords interdisent la grève et que cela n’empêchait en rien le « progrès social ».  Bien sur, le syndicat n’est pas naïf, ni inconscient de ses intérêts et il n’a renoncé à la grève qu’en contrepartie d’un certain nombre d’avantages. C’est du « donnant-donnant », titre Le Monde.

Dans chaque usine, les travailleurs pourront voter à bulletins secret pour approuver ou non ce nouvel accord et exprimer en même temps leur volonté d’adhérer ou non au syndicat. Si la majorité le veut, l’usine sera couverte par une convention collective nationale et le personnel sera représenté par le syndicat, et les conflits seront réglés, sans grève, par un médiateur. Donc le syndicat y gagne en représentativité, et l’entreprise y gagne la paix sociale. On est loin, il est vrai, de la lutte des classes chère aux syndicats français. L’accord s’appelle d’ailleurs « cadre équitable ».

L’accord s’appliquera lorsque le personnel de chaque usine l’aura ratifié, et il n’est pas négligeable puisque le groupe est le plus gros employeur du secteur automobile (18 000 salariés). Ce qui est aussi intéressant, c’est que le syndicat est très riche et aurait pu faire facilement la grève, car il a un fonds de grève qui n’a jamais été aussi important. Mais il a préféré développer son implantation et renoncer en contrepartie au droit de grève. Bien entendu, certains syndicalistes protestent et considèrent que cette clause de non-grève « va à l’encontre des droits fondamentaux des travailleurs syndiqués ».

Naturellement, nous n’entendons pas faire de cet accord un « modèle », justement parce qu’il n’y a pas de modèle en la matière. Chaque entreprise, chaque syndicat, chaque pays ont leurs spécificités. Ce qui nous a intéressés, c’est que dans certains pays, la négociation suffit à protéger les entreprises contre la grève. Dans d’autres, c’est la législation. En France, c’est rien : nous sommes soumis à l’arbitraire syndical. Comme nos principaux syndicats croient en le lutte des classes, il n’est pas question de libre convention, comme au Canada, et comme l’Etat a peur des syndicats, il n’est pas question non plus de réglementer le droit de grève. L’arbitraire syndical continuera donc à s’exercer.

Le 21 novembre 2007  

 

 

Imprimer cette page