![]() | |||||||||||||||
|
C’est un sujet très important, qui fait l’objet d’un dossier
(très orienté, comme on l’imagine) dans Le Monde Economie. Titre du dossier « L’Afrique
peut-elle survivre au libre-échange avec l’Europe ». Photo sur toute la une :
une manifestation à Yaoundé avec des pancartes (en anglais), « L’Afrique
n’est pas à vendre ». Pas vraiment une approche libérale du sujet. De quoi s’agit-il ? Les Etats de la zone ACP (Afrique,
Caraïbe, Pacifique) avaient signé en 1975 la Convention de Lomé, renouvelée
plusieurs fois par la suite, avec l’Union européenne. Cette convention prévoyait
un régime commercial privilégié et des aides financières. Par la suite, en raison
des règles de l’OMC (à la suite du cycle de négociations de l’Uruguay), il était
prévu de nouvelles règles : « Les accords commerciaux doivent prévoir
la suppression réciproque des droits de douane » précise Le Monde. L’Union Européenne, pour ne pas bousculer les pays africains,
avait obtenu une dérogation qui expire au 31 décembre 2007. Et les accords de
Cotonou en 2000 portaient sur cette période transitoire (y compris l’aide accordée)
et devaient déboucher sur la négociation d’un accord de partenariat économique
avec un libre-échange réciproque à partir de 2008. On en est là. La proposition européenne prévoit de libéraliser 100% de son
marché (contre 97% actuellement) et en contrepartie ne demande aux pays ACP que
de libéraliser 80% de leur marché, et encore au bout d’une période de transition
de dix ans. C’est dire qu’on prend toutes les précautions voulues et même au delà
du raisonnable. A terme, il faudra aussi démanteler les droits de douane appliqués
aux autres pays de chaque zone ACP (unions douanières régionales négociant chacune
avec l’UE). Le reste comprend un ensemble de mesures bureaucratiques, tels que
des accords préférentiels contraires aux accords de l’OMC
(par exemple sur la banane, le sucre ou le riz), qu’il faudra bien démanteler
aussi un jour. Au total, pour les prochaines années, le système restera très
protectionniste, avec toutes ses exceptions, accords privilégiés et autres aides.
La seule chose qu’on peut dire, c’est qu’à partir du 1er janvier 2008,
on devrait faire un petit pas vers le libre échange… Mais c’est encore trop libéral pour certains pays ACP qui veulent
un moins grand degré d’ouverture de leur part et une transition encore plus longue.
Les idéologues qui les gouvernent ou les associations locales politisées, résidus
de l’influence soviétique dans la région, ont persuadé les populations que la
liberté des échanges, c’est la mort et la ruine de l’Afrique. Il va bien falloir
trouver un accord au plus vite. C’est évidemment l’inverse qui est vrai. Si l’on regarde la
carte du développement, elle coïncide avec la carte des libertés, y compris commerciales.
Les pays qui se développent le plus vite sont ceux qui ont joué le jeu du libre
échange ; ceux qui se développent le plus lentement, essentiellement l’Afrique
et certains pays d’Amérique latine, sont ceux qui refusent d’ouvrir leurs frontières.
Le libre-échange est le principal moteur du développement et son refus maintiendrait
l’Afrique dans la misère : ce ne sont pas des aides financières publiques
qui aideront l’Afrique, mais c’est le libre commerce. Les gens du Monde n’en sont pas tout à fait convaincus, ils
voient dans les droits de douane la principale ressource des pays pauvres. Ils
doivent cependant donner le point de vue de Peter MANDELSON, commissaire européen
au commerce, qui explique « qu’en dépit de trente ans de protection douanières,
les exportations africaines n’ont pas décollé et restent concentrées sur un nombre
restreint de produits de base ». Les dirigeants africains doivent y réfléchir
à deux fois, car c’est l’avenir du continent le plus pauvre du monde qui est en
jeu. Seront-ils sensibles au message des « autorités morales » très
écoutées en Afrique. « Il n’y a pas très longtemps, on soutenait que le développement
supposait, pour les pays les plus pauvres, qu’ils restent isolés du marché mondial
et ne comptent que sur leurs propres forces.
L’expérience de ces dernières années a montré que les pays qui se sont exclus
des échanges généraux de l’activité économique sur le plan international ont connu
la stagnation et la régression, et que le développement a bénéficié aux pays qui
ont réussi à y entrer ». Ce n’est pas du Milton FRIEDMAN, c’est du JEAN-PAUL
II ! Le 21 novembre 2007
| |||||||||||||||