LES FRANÇAIS ONT PEUR DE LA MONDIALISATION


Les Français n’aiment pas l’économie de marché et n’ont pas confiance en elle ; cela, on le savait depuis un retentissant sondage publié il y a quelques années : la France était le seul pays au monde où la défiance vis-à-vis du marché l’emportait sur la confiance. Même en Chine ou au Brésil ou en Russie, une majorité de gens est persuadée des vertus du marché. Dans ces conditions, faut-il s’étonner d’une enquête et d’un rapport du Centre d’analyse stratégique (naguère Commissariat général au Plan) : les Français ont peur de la mondialisation ? 

Certes, on trouve de tout dans ce rapport sur une France « moins pauvre, plus protégée et plus féconde » que les autres pays : ce sont là jugements subjectifs, a priori idéologiques des rédacteurs. Notre système de protection sociale y est évidemment vanté, mais du bout des lèvres ; car on reconnaît que « les jeunes sont les grands défavorisés d’un modèle social bâti sur les acquis des trente glorieuses dont les fondements disparaissent peu à peu » : un enterrement de première classe. D’ailleurs, c’est en France que l’on craint le plus de devenir sans abri : les Français n’ont pas plus confiance dans l’Etat Providence que dans le marché.

Mais laissons le Centre d’analyse stratégique à ses appréciations et regardons ce sondage réalisé auprès des Français et de l’ensemble des Européens. Question : « La mondialisation est-elle une menace pour l’emploi et les entreprises de votre pays ? ». Réponse des Français : oui, à une très large majorité de 72%. Or pendant ce temps, à la même question, on ne trouve dans l’Europe des 25 que 47% des Européens à répondre oui. Et encore cette moyenne comprend-elle les résultats français, qui poussent ce chiffre vers le haut. De nombreux pays d’Europe sont bien en dessous de ces 45%, les craintes sont donc minoritaires. Et nous sommes largement en tête pour la réponse oui à cette question. Une autre question sur les mécanismes et les vertus de la concurrence nous place parmi les trois pays les plus critiques vis à vis de cette réalité.

Certes, on peut se consoler en se disant que ce n’est pas nouveau et que nous avons une lourde hérédité : COLBERT, NAPOLÉON, plus près de nous le Front Populaire, le dirigisme de l’après-guerre, la planification comme « ardente obligation », les nationalisations et autres sont passés par là. Il y a longtemps que les Français ont été exclus du libre-échange.

Mais le monde a changé et les Français semblent ne pas s’en apercevoir. Le mur de Berlin est tombé et tous les pays ont choisi l’économie de marché. L’ouverture des frontières fait des miracles et permet le décollage des pays émergents. La mondialisation est un système gagnant-gagnant et nous lui devons non seulement des produits moins chers, mais aussi un bilan positif en termes d’emplois. Nos entreprises voient de nouveaux marchés s’ouvrir.

Pourquoi les Français  continuent-ils d’avoir peur ? On  doit accuser la classe politique, qui entretient ces peurs et en fait son fonds de commerce. Les politiciens caressent les Français dans le sens du poil et continuent à promettre dépenses publiques et réglementations. Les syndicats en rajoutent une couche ; leur nature même les rend hostiles à la concurrence : ils rêvent d’une économie fermée avec des emplois à vie, comme dans la fonction publique.

Mais il faut aussi souligner le rôle négatif de l’école, avec un enseignement géographique, historique et surtout économique à caractère idéologique : la mondialisation ruine le tiers-monde et menace les pays riches. Il suffit de voir les manuels scolaires, imprégnés de marxisme. Pour les lycéens et étudiants, « Alternative économique » n’est fait que de désinformation vis-à-vis du marché et de la concurrence. On le leur recommande chaleureusement et on le leur offre gratuitement dans certains établissements !

Quant aux médias, ils penchent dans leur grande majorité dans le même sens. Même les grands médias dits  « de droite » véhiculent une crainte vis-à-vis du libre marché et de la mondialisation. Ne parlons pas de la télévision.

Face à ce naufrage intellectuel collectif que peuvent les quelques îlots de résistance libéraux? Les descendants de BASTIAT n’ont pas, comme les socialistes, le soutien financier des grandes entreprises publiques, ni l’accès direct aux grands médias.

Il n’empêche que les faits sont têtus : la mondialisation est là, et sa réalité s’imposera nécessairement au mode de vie des Français, sinon à leur esprit.

Le 14 novembre 2007 

 

 

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