RUSSIE : L’IMPOT DE CORRUPTION


Milton Friedman avait inventé « l’impôt d’inflation » pour dénoncer le prélèvement que les gouvernements faisaient subir aux détenteurs d’encaisses monétaires (argent liquide et avoirs sur les comptes de chèques) quand ils détérioraient le pouvoir d’achat de la monnaie. L’inflation volait les gens de 10 % ou plus chaque année, tandis que le gouvernement finançait ses dépenses à bon compte.

Voici que les Russes pratiquent maintenant « l’impôt de corruption ». Tous les fonctionnaires exigent des sommes impressionnantes pour accorder aux administrés russes les autorisations et les passe-droits dont ils ont besoin pour exercer leur activité quotidienne. Plus que le principe, déjà ahurissant dans un pays développé, c’est l’énormité de ces prélèvements « parallèles » ainsi exigés qui ne manque pas de frapper.

Ainsi le procureur général adjoint Alexandre BOUKHSMANE, annonce-t-il dans le quotidien gouvernemental (à vrai dire ils le sont presque tous aujourd’hui) Rossiiskaïa Gazeta, que le coût de la corruption s’élèverait à 240 milliards de dollars par an, soit presque la moitié du PIB de la Russie.

Selon lui, « un fonctionnaire moyen peut s’acheter chaque année avec ses pots-de-vin un appartement de 800 000 dollars, soit 160 années de salaires ». Au total cela représente deux fois plus que tous les impôts collectés par l’Etat fédéral. La corruption ainsi payée aux fonctionnaires revient exactement à faire payer un impôt supplémentaire, « privé » en quelque sorte « comme si les Russes préféraient donner 2 roubles à un bureaucrate corrompu que 1 rouble à l’Etat ». Cela en dit long sur l’état de décomposition du régime et sur l’absence totale d’état de droit.

Pour Les Echos, qui rapportent le fait, ces pots-de-vin exclusivement donnés aux fonctionnaires constituent en fait « une taxe implicite », ce qui signifierait que « le niveau des prélèvements obligatoires en Russie, impôts locaux compris, dépasserait 90% du PIB. Un niveau auquel aucune économie au monde n’a jamais résisté ». Et qui rend suspect toutes les autres statistiques économiques, y compris la croissance annoncée de 7% du PIB (à moins qu’on ne considère la corruption comme un secteur productif).

Bien évidemment l’analyse économique nous apprend que la corruption n’arrive pas par hasard ; elle est d’autant plus élevée que le secteur public est important, que l’intervention de l’Etat est plus forte. De plus, la corruption se joue de l’état de droit ; elle permet par exemple de violer les droits de propriété ou les obligations contractuelles. Sans état de droit, c’est le règne de la violence, des mafias et de la corruption. Il n’y a pratiquement pas de corruption dans les vrais pays libéraux.

Bien entendu, par définition, le chiffre exact de la corruption en Russie est sujet à caution. Le procureur exagère peut-être mais son discours confirme le mauvais classement de la Russie dans les enquêtes de Transparency International.

D’ailleurs, pourquoi tant de franchise de la part d’un haut dignitaire du régime ? C’est peut-être qu’on est à 13 mois d’élections législatives, et que POUTINE prétend faire de la lutte contre la corruption l’une de ses priorités futures.

Cette mobilisation est plutôt bizarre, car c’est sous POUTINE que la corruption a été multipliée par huit. Il y a cinq ans, un fonctionnaire véreux ne pouvait s’acheter que 30 mètres carrés : on mesure le progrès !

POUTINE va-t-il châtier la nomenklatura qu’il a créée ? Jadis LENINE avait massacré les Nepmen, ces Koulaks qui s’étaient enrichis grâce à la NEP (Nouvelle Politique Economique) mise en place par… LENINE. Belle tradition au pays du KGB !

 

Le 30 novembre 2006  

 

 

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