LES FRANÇAIS DIX FOIS MOINS GENEREUX QUE LES AMERICAINS : POURQUOI ?


Il est beaucoup question, ces derniers mois, de la générosité d’un certain nombre de riches Américains, tels Bill GATES ou Warren BUFFET, qui, après avoir fait fortune comme de vrais entrepreneurs qu’ils sont, veulent soulager la misère du monde et s’engagent d’une manière désintéressée au service de nobles causes. Le Monde leur consacre une page entière sous le titre « Charité et finance, même combat », « Bill GATES ou Warren BUFFETT, qui distribuent des milliards de dollars, font des émules. Les Français se lancent à leur tour dans cette nouvelle philanthropie qui utilise les méthodes du capital-risque ».

L’expérience des Américains est passionnante et on voit que, contrairement aux idées reçues, la charité privée a une force considérable et une efficacité bien plus grande que toutes les aides publiques et bureaucratiques. Mais ce qui nous a particulièrement intéressés, c’est que cette enquête montrait qu’en 2005, les Américains avaient donné pour des opérations philanthropiques 250 milliards de dollars, soit 2% de leur PIB. Pour être aussi généreux, en pourcentage du PIB bien sûr, les Français auraient dû donner 36 milliards d’euros ; or ils ont donné dix fois moins : nous sommes donc dix fois moins généreux que les Américains.

Peut-on expliquer cet écart ? Les Français seraient-ils un peuple d’égoïstes ? Il y a d’abord le fait qu’en France, à cause de notre mentalité égalitariste poussée jusqu’à l’extrême, nous avons honte de gagner de l’argent et de le montrer, fût-ce par des gestes de générosité. Les Américains se bousculent pour être classés dans la liste Forbes des 400 Américains les plus fortunés. Et désormais une autre liste donne le palmarès des « top givers » de l’hebdomadaire Business Week, des 50 américains les plus généreux, ou encore dans le Slate 60, liste des 60 les plus généreux. Rien de tel en France. Gagner de l’argent, c’est mal et être publiquement généreux, c’est tout aussi mal vu : la charité se doit d’être discrète.

Ensuite, il y a l’étatisme ambiant. Beaucoup de Français considèrent que la solidarité c’est l’affaire de l’Etat : il en parle assez, on paie assez d’impôts pour cela, qu’il se débrouille. On nous a tellement expliqué que la charité privée, c’était du paternalisme, péché qui n’est pas loin du colonialisme, et que seule l’aide publique pouvait préserver la dignité des personnes aidées, que beaucoup ont fini par le croire. La mentalité d’assistés tue la générosité privée.

Mais il y a autre chose : pour donner, il faut pouvoir le faire et il faut y être incité. Or ces deux éléments font défaut en France. Quand il existe 45% de prélèvements obligatoires, que la tranche marginale d’impôt sur le revenu atteint 60% en comptant la CSG, que l’Impôt de solidarité sur la fortune vous laisse le choix entre être ruiné ou fuir à l’étranger, que reste-t-il pour la générosité privée ? L’Etat Providence prive la solidarité spontanée de tout moyen.

Enfin, s’il reste un peu d’argent, encore faut-il qu’il existe une fiscalité favorable. Or en France les déductions fiscales pour dons sont strictement limitées, tandis que la fiscalité des fondations n’est pas vraiment adaptée. Dans ces conditions, on peut déjà s’émerveiller que les Français soient si généreux et être admiratifs quand Liliane BETTENCOURT, de l’Oréal, donne 120 millions d’euros aux diverses causes dont elle s’occupe.

On notera également le professionnalisme dont font preuve des donateurs et tout particulièrement les Américains. Rien de comparable à l’aide publique, ni gaspillage, ni corruption ; tout est utilisé avec efficacité et rien ne se perd dans les méandres bureaucratiques. Les méthodes les plus modernes de gestion sont utilisées, exactement comme cela se passe dans les entreprises : ce n’est pas parce qu’une action est caritative quelle doit être menée avec amateurisme, mais au contraire le professionnalisme s’impose encore plus, puisqu’il s’agit d’argent donné. On se fixe des objectifs et on sanctionne s’ils ne sont pas atteints, quitte à aller investir ailleurs. Les fonds d’investissement philanthropiques qui ont vu le jour aux Etats-Unis l’ont été à l’initiative de spécialistes de capital-risque de la Silicon Valley et avec leurs méthodes de gestion.

Les Français ne sont pas spontanément égoïstes ; ils sont ruinés par l’Etat, ce qui est différent. L’Etat providence détruit les valeurs morales.

 

Le 2 Décembre 2006

 
   

 

Imprimer cette page