LE CERCLE DES ECONOMISTES DEVRAIT LIRE LE GUIDE DU CANDIDAT DE L'ALEPS


 

Nous n’avons pas besoin de faire la publicité du Cercle des économistes. Il s’y entend très bien tout seul grâce aux puissants appuis dont il dispose dans la presse (Le Monde notamment, mais l’Express lui consacre aussi trois pages cette semaine) et surtout dans les entreprises, en général publiques. Les 30 économistes qui le composent se veulent d’horizons variés, mais leur majorité penche clairement à gauche : c’est leur droit.

Le cercle des économistes a eu l’idée de publier deux programmes, l’un de politique économique de droite et l’autre de politique économique de gauche, ce qu’ils avaient annoncé en septembre à grand renfort de publicité (et à la une du Monde, s’il vous plaît) et qu’ils viennent de concrétiser. Pourquoi pas. Nous ne commenterons pas le programme de gauche, qui est dans la grande tradition socialiste, allant de la progressivité de l’impôt à la gratuité des soins, en passant par la défense du SMIC et des 35 heures. On entend ça tous les jours, chez les socialistes de gauche ou de droite.

Nous nous sommes en revanche intéressés au programme dit de droite, présenté comme celui d’une « droite théorique » et non sociale, en clair libérale. Et il y a effectivement quelques mesures intéressantes que nous présentons nous-même depuis trente ans, (comme la liberté de licencier ou la concurrence entre universités) sans avoir eu besoin de l’aide du Cercle des économistes. Mais ce que nous ne pouvons laisser passer, ce sont des mesures présentées comme de droite ou libérales, qui ne le sont pas du tout. Cette désinformation risque de fausser le débat qui doit s’ouvrir.

Exemple : la réforme de l’Etat est présentée comme passant par « des gains de productivité permettant de réduire les effectifs et d’augmenter les salaires ». Non. Qu’on se reporte à notre « Guide du candidat », qui consacre un chapitre à la réforme de l’Etat et on verra que celle-ci passe par la fin du statut de la fonction publique et par la privatisation la plus large possible. La politique de droite passerait par « une politique de redistribution via la prime pour l’emploi pour éviter les effets de la hausse du SMIC sur l’emploi ». Non, pour les libéraux, le SMIC doit disparaître et la politique de redistribution aussi.

Pour les impôts, on parle bien de prise en compte de la concurrence sociale et fiscale et de réduction des impôts pesant sur le capital. Mais un libéral parlerait plus de suppression que de réduction (ISF, impôt sur les successions). Et surtout le Cercle des économistes propose une « hausse de la TVA ». Ici, c’est du socialisme, ou du Juppé 1995, mais pas du libéralisme. Enfin, pas un mot sur la flat tax bien sûr, ni davantage sur la progressivité.

Pour la sécurité sociale, développement de la part des assurances privées. Très bien, mais bien timide : rien sur la privatisation et la mise en concurrence. Et pourquoi ajouter -ça aussi c’est de la désinformation- « restriction des soins pris en charge par la sécurité sociale », sous entendu, c’est le malade qui paiera. Or le libéralisme, cela consiste à laisser se développer les assurances privées concurrentielles et non à tout reporter sur les malades. Avec un système privé, nous serons au contraire mieux protégés.

Pour l’entreprise, il est question de « négociations entre syndicats et employeurs ». Certes. Mais rien sur le vrai contrat de travail, librement négocié par un salarié avec un entrepreneur. Et pourquoi parler « d’ouverture du capital des entreprises assurant des services publics » et pas plutôt de privatisation ? Pour le tiers-monde, pourquoi parler de « l’accent mis sur l’efficacité de l’aide vers des pays bien gouvernés » et pas de remplacer l’aide par le commerce libre.

Pour la nouvelle politique industrielle « interventions de l’Etat seulement en dernier recours en cas d’OPA hostile ». Non, ça c’est du patriotisme économique à la VILLEPIN. Le libéralisme, ce n’est pas d’intervention de l’Etat du tout dans les OPA, même hostiles.

Nous pourrions poursuivre longtemps. Pourquoi ce sujet nous tient-il à cœur? Parce qu’il y a là une tentative de manipulation des électeurs, pour leur faire croire que le choix se situe entre le socialisme (politique dite de gauche) et la social-démocratie à la Blair (politique dite de droite), alors que le choix est entre le socialisme et le libéralisme. Jacques RUEFF disait « soyez socialistes, soyez libéraux, mais ne soyez pas menteurs ». Ici, le choix qui nous est proposé est mensonger. Mais peut-être tout simplement les membres du Cercle des économistes ne connaissent-ils pas le libéralisme ?

Le 17 novembre 2006

 

 

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