ET SI L’AFRIQUE S’EVEILLAIT ?


Nous avons présenté il y a quinze jours une intéressante analyse de la CNUCED, qui montrait l’intensité nouvelle des échanges et des investissements non seulement Nord-Sud, mais encore Sud-Sud : ce que l’on appelait encore il y a peu le tiers-monde connaît un  processus de développement. Mais on ajoute aussitôt que cela concerne avant tout l’Asie, parfois l’Amérique latine, mais que l’Afrique est un continent perdu, désespérément sous-développé.

 

La dernière étude de la Banque mondiale, consacrée aux indicateurs de développement du continent africain, montre que tout espoir n’est pas perdu en Afrique et que certains pays connaissent un début de développement et commencent à s’éveiller. Evidemment, il faut rester lucide et l’Afrique n’est pas la Chine ou la Thaïlande, mais un espoir nouveau apparaît, y compris dans ce rapport de la Banque mondiale.

 

Plusieurs pays africains, dont le Sénégal, le Mozambique, le Burkina Faso, le Cameroun, l’Ouganda, le Ghana ou le Cap Vert ont réussi à réduire significativement leur extrême pauvreté et pourraient atteindre l’Objectif de développement pour le millénaire, à savoir la réduction de moitié de la pauvreté d’ici à 2010. Le vice-président de la Banque mondiale pour la région Afrique déclare : «  L’Afrique est aujourd’hui un continent en pleine ébullition, réalisant des progrès réels dans le domaine de la santé, de l’éducation, de la croissance économique, du commerce extérieur et de la réduction de la pauvreté ».

 

La croissance mondiale a fini par profiter aussi à l’Afrique. Le journal Les Echos, qui commente cette étude, montre que « pour les 16 pays d’Afrique sud-saharienne, les taux de croissance ont été supérieurs à 4,5% depuis le milieu des années 1990. Le taux d’inflation sur le continent est au plus bas, la plupart des monnaies sont à leur valeur d’équilibre et les déficits budgétaires sont en baisse constante. ». 35% des pays d’Afrique (sans compter le cas particulier des exportateurs de pétrole) ont connu une croissance moyenne de 5,5% au cours des dix dernières années et même parfois de 7 ou 8% dans quelques cas.

 

Selon la Banque mondiale, la productivité des meilleurs sociétés africaines est comparable à celle de leurs concurrents en Asie, comme l’Inde ou le Vietnam. Bien entendu, il y a quelques exceptions, qui sont comme par hasard les pays en plein suicide politique, comme le   Zimbabwe (croissance négative au cours des dix dernières années), détruits par le socialisme, ou ceux qui sont détruits par la guerre : le développement a besoin de paix et doit tourner le dos à la planification socialiste. L’Afrique comprend six des dix pays du monde jugés comme disposant de l’environnement le plus difficile pour les affaires.

 

De plus, tous les problèmes ne sont pas résolus. La participation de l’Afrique au commerce mondial, qui est le principal facteur de développement, est insuffisante et sa part ne progresse pas. Les infrastructures nécessaires à un commerce mondialisé ne sont pas toujours présentes. Et la Banque mondiale d’appeler à « une abolition des règles encombrantes pour faciliter les affaires », façon polie de caractériser ce qui reste encore de socialisme dans ces pays longtemps marqués par l’influence soviétique. Les indices de liberté économique, que nous publions régulièrement, montrent que l’Afrique a encore du chemin à faire dans la direction des institutions favorables au développement. Mais pour la première fois on peut se prendre à espérer. A condition que la guerre et la politique ne viennent pas interrompre ce processus prometteur. Mais si même la Banque mondiale se rend compte que l’Afrique a besoin de liberté et a profité des espaces de liberté  qu’elle a su conquérir, on peut avoir de l’espoir.

 

Le 8 novembre 2006

 
   

 

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