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Au cours de la troisième journée de l’Université d’Eté (mardi 31 août)
il était question de la production des biens publics par la société civile.
Un bon exemple de ce que les initiatives privées font mieux que l’Etat est fourni par le succès des universités privées. Manuel
Ayau, entrepreneur devenu économiste, a été
le co-fondateur de l’Université Francisco Maroquin
à Guatemala City, il en est le recteur honoraire. Manuel Ayau
a présidé la Société du Mont Pèlerin. Manuel Ayau : Des patrons créent une Université : pourquoi ?
comment ? Jusqu’à une
période récente mon pays, le Guatemala, a traversé une crise très grave.
On y comptait de nombreux mouvements de guérilla qui, tout en perpétrant
des actes terroristes violents, menaient des actions éducatives en infiltrant
les universités. On y voyait aussi les drames causés par le sous-développement,
la misère et le désespoir d’une population victime de l’insécurité quotidienne.
Avec quelques
amis très inquiets de cette situation nous avons placé notre espoir dans
la science économique. Mais nous étions peu qualifiés pour comprendre
comment fonctionne la société et comment sortir notre pays de son drame.
Le hasard nous a mis en contact avec quelques uns des meilleurs économistes
de l’époque, dont Mises et Hayek. Nous avons trouvé chez eux ce qui nous
semblait être la meilleure approche de ces questions, celle de l’école
autrichienne. Et nous avons eu la volonté de diffuser la philosophie de
la liberté en créant une université. Nous avons été convaincus que la
cause du sous-développement résidait dans la diffusion de mauvaises idées,
en particulier le socialisme. Pour contrer cette philosophie politique,
il nous est alors apparu que nous devions apprendre et enseigner comment
fonctionnait le marché. Et pour ce faire, il nous fallait opérer depuis
le haut vers le bas. Nous devions enseigner aux universitaires eux-mêmes.
C’est alors
que nous avons décidé de fonder une université.
Enseigner les principes de l’économie de marché La plupart des
écoles d’Amérique Latine n’enseignent pas l’économie de marché. Elles
ne comprennent pas que le marché est à la fois éthique et efficient, juste
et créateur de richesses. En d’autres termes, elles ne comprennent pas
que la richesse n’est pas le fruit de l’égalitarisme. Car même l’égalité
des chances produit des résultats inégaux. La meilleure illustration de
cette loi est fournie par la compétition olympique. Les mêmes règles s’appliquent
à tous, mais certaines personnes gagnent et d’autres pas. Sur le marché,
personne ne perd si les droits de propriété sont respectés. Pour faire
accepter cela, nous voulions que les gens comprennent quatre points fondamentaux
de la science économique. Tout d’abord,
qu’une société libre est juste et efficiente. Ensuite, que sur un marché,
l’échange ne peut pas exister si le jeu n’est pas positif, c'est-à-dire
si les deux personnes à l’échange ne sont pas gagnantes. Il peut y avoir
des erreurs, mais elles sont corrigées avec le temps. Le troisième
point consiste à considérer que l’action rationnelle et l’allocation des
ressources sont un excellent moyen de transmettre de l’information. La
démonstration réside ici dans une simple idée : seul le marché peut
transmettre l’information utile. D’autres méthodes de transmission ne
sont pas suffisamment efficaces dès lors que l’information est disséminée
à travers le monde. Il n’existe pas de système plus rapide que le système
des prix pour transmettre l’information qui permettra d’affecter les ressources
de façon efficace et produire de la richesse. Le quatrième
point est que le marché est indissociable de la propriété privée. Sans
droits de propriété privée, vous ne pouvez profiter de ce que vous possédez,
ni l’échanger. Ainsi, le système de prix émerge à travers l’exercice de
la propriété privée. Sans propriété privée, pas
d’information.
Ignorance des hommes d’affaires Tout cela n’est
compris ni par les gens, ni par nombre d’économistes, ni même paradoxalement
par les hommes d’affaires. S’ils emploient le même vocabulaire que les
économistes, ils le transposent au monde des affaires sans comprendre
l’économie. Ils ont tendance à penser qu’un pays peut être géré, qu’il
suffit d’établir une hiérarchie et de faire en sorte que tout le monde
se comporte de façon efficace. Mais la planification économique ne fonctionne
pas. Dès lors qu’un gouvernement, par ses réglementations, modifie le
système des prix, celui-ci ne véhicule plus l’information qu’il devrait
transmettre et n’assure plus la fonction qui est la sienne. Ainsi, comme
le planificateur ne respecte pas l’échange libre de propriété, il ne peut
y avoir de prix réel, et donc d’économie efficace. Cette ignorance
économique est lourde de conséquences dès lors que les gouvernements demandent
aux hommes d’affaires leur avis sur l’économie. Les conseils donnés seront
très mauvais pour le pays, presque toujours orientés vers la protection
de l’industrie nationale. Le point de vue des producteurs est toujours
privilégié au détriment de celui des consommateurs, une élite s’enrichit
pendant que le peuple s’appauvrit. UFM aujourd’hui Aujourd’hui l’Université Francisco Maroquin (du nom de l’évêque qui au XVIIème siècle avait fondé la première université du pays
à Antigua) accueille quelque 3.000 étudiants, dont 500 au niveau du doctorat
et 500 pour des études médicales (en partenariat avec l’hôpital voisin).
On y enseigne essentiellement les sciences humaines, l’économie et le
droit occupent une place privilégiée. Les étudiants reçoivent une formation
sur « l’esprit d’entreprise », sur l’histoire et les humanités,
sur l’environnement et la botanique. C’est dire le désir d’ouvrir l’esprit
de ces jeunes gens et jeunes filles aux grands problèmes de société. La
bibliothèque Ludwig von Mises reçoit 100.000
visiteurs par an. L’esprit d’ouverture
se marque encore à plusieurs signes. D’abord le corps enseignant est fait
de professeurs locaux, mais aussi d’universitaires venus du monde entier,
Etats Unis et Europe principalement. Ensuite, les enseignements sont donnés
en espagnol et en anglais, et tous les examens sont dans les deux langues.
Enfin, une large place est faite à l’échange intellectuel permanent entre
les étudiants eux-mêmes, suivant le principe « socratique » :
de larges espaces de discussion sont à leur disposition, ils discutent
de leurs lectures et de la préparation de leur prochain travail par petits
groupes. Pour 100 étudiants il y a 28 ordinateurs, 584 points d’accès
à internet, toutes les salles sont équipées
en vidéos. L’ensemble dans un site tropical où les bâtiments se fondent
dans une nature exubérante. Les
étudiants viennent de l’ensemble de l’Amérique Latine, la plupart sont
logés dans l’Université. Ils payent des droits d’inscription qui couvrent
l’ensemble des coûts de fonctionnement. Des bourses permettent aux moins
fortunés d’accéder à l’Université, mais il y
a aussi un système très bien rodé de crédits bancaires, qui stimulent
les étudiants. Des donations et des fondations privées permettent l’investissement
et l’entretien, les entrepreneurs n’hésitent pas à investir dans cette
institution qui a contribué à la transformation du pays.
Le 29 Novembre
2005
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