REFORME FISCALE EN FRANCE : BRUITS ET CHUCHOTEMENTS


Le Parlement vient de discuter des propositions de réforme fiscale en France, dans le cadre du projet de budget, et nous avons été tellement surpris des réactions des uns et des autres que nous avions cru un instant que le grand soir fiscal était arrivé. On a entendu l’UMP se féliciter d’une réforme aussi hardie, et l’UDF, comme l’opposition, crier au scandale et aux cadeaux faits aux riches : nous avions même cru un instant que le gouvernement avait adopté la flat tax.

Renseignements pris, le texte présenté est strictement conforme à ce qui avait été annoncé il y a déjà quelques mois et la montagne a accouché d’une souris.

Tout d’abord, il n’est question que de l’impôt sur le revenu, le reste n’est pas concerné, sauf pour le plafonnement. Ce n’est donc pas une réforme d’ensemble. Ensuite, le texte concerne les revenus 2006, c'est-à-dire les impôts 2007 (et non 2006). Cette date ne vous rappelle-t-elle pas quelque chose (pure coïncidence, bien entendu) ?

Côté positif : le barème est simplifié et on passe de six tranches à quatre. Evidemment, l’idéal serait une seule tranche (un seul taux : la taxe plate), mais il ne faut pas rêver. Mais quatre c’est mieux que six. Et les taux sont fixés en sommes rondes ou presque (5,5%, 14%, 30%, 40%), au lieu des taux actuels (48,09% par exemple).

En apparence, le taux marginal est réduit, puisqu’il passe de 48,09% à 40%. Mais il faut préciser aussitôt que ce n’est qu’une apparence, car jusqu’à maintenant il y avait une décote de 20% sur les salaires, ce qui fait qu’on était imposé sur 80 lorsqu’on déclarait 100 (frais professionnels forfaitaires ou réels déduits). Désormais, on sera imposé à un taux marginal certes plus faible (40%), mais sur 100 et non plus sur 80. Le calcul est facile à faire : pour ceux qui sont dans la tranche marginale, ils payaient, pour 100 euros de revenus, 48,09% de 80 soit 38,47 euros. Désormais il vont payer 40%, mais sur 100 euros, soit 40 : résultat, le taux marginal réel a augmenté de 38,47 à 40 !

La réalité est même plus dure encore, car à cela il faut ajouter la CSG et la CRDS, soit 10% environ, que tout le monde doit payer. Le taux réel est donc d’environ 50%. Même les Allemands, après la hausse décidée par la grande coalition, sont à 45% ; les Anglais sont à 40%, les Américains à 35% ; ne parlons pas de ceux qui ont opté pour la taxe plate.

Autre mesure phare, dont nous avions déjà parlé : le  « bouclier fiscal » qui évite au contribuable de payer plus de 60% de ses revenus (ensemble de l’impôt sur le revenu, de la taxe d’habitation, de la taxe foncière et de l’ISF). Oui, mais voilà, c’est 60% plus la CSG soit 70% environ, ce qui n’est déjà pas mal et serait considéré comme confiscatoire dans un pays comme l’Allemagne (La Cour suprême a en effet interdit que l’impôt dépasse 50%, en raison du droit de propriété).

Enfin, diverses autres mesures sont prévues, qui ont pour effet d’augmenter les impôts, comme le plafonnement des avantages fiscaux (les « niches fiscales »). Ils seront limités à 8 000 euros par foyer fiscal.

Au total, pour ne pas être totalement négatifs, nous apprécions la simplification du barème et le fait que sur un plan psychologique (même s’il y a derrière une astuce et un trucage) le taux marginal soit limité à 40% : psychologiquement, c’est un début ; mais c’est un 40 qui vaut 50. Le problème, c’est que la réforme n’a d’intérêt que si c’est un simple premier pas. Or le gouvernement est clair : c’est un aboutissement et l’on n’ira pas plus loin. Voilà qui n’est pas acceptable. Ce n’est pas demain que la France va choisir la taxe plate, ni même abandonner l’ISF. Ce n’est pas encore le big bang, ce sont juste quelques « bruits et chuchotements ».

 

 

Le 29 Novembre 2005

 
   

 

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