LES PLOMBIERS VONT QUITTER LA POLOGNE


On avait fondé beaucoup d’espoir sur les élections polonaises. Quelques semaines plus tard, comme pour l’Allemagne, il faut déchanter. Certes, la droite a largement gagné les élections, les nostalgiques du communisme et les anciens marxistes reconvertis à la sauce social-démocrate ont subi une défaite sans appel, c’est une bonne chose pour le pays et la démocratie

Les deux grands vainqueurs ont été d’une part le parti conservateur catholique, arrivé en tête et remportant (grâce à l’un des fameux « jumeaux » polonais) les élections présidentielles, d’autre part le parti libéral, qui avait pris des positions claires et courageuses pendant la campagne, en particulier en faveur d’une taxe plate, déjà adoptée par de nombreux pays d’Europe centrale et orientale. Les deux partis s’étaient engagés à passer un accord de gouvernement et on pouvait espérer que chacun allait donner le meilleur de lui-même, les conservateurs une certaine éthique sur les problèmes de société ou de respect de la vie, les libéraux un programme pour la nécessaire libéralisation de l’économie polonaise.

Mais les conservateurs en ont décidé autrement. Ils ont préféré s’allier à deux petits partis proches de l’extrême-droite ou des souverainistes, le parti populiste Autodéfense et la Ligue des familles polonaises, formations avant tout anti-libérales, pour faire élire un des leurs à la tête du parlement (promis aux libéraux, puisque le poste de premier ministre devait revenir aux conservateurs). Dès lors, le désaccord était public et le premier ministre, Kazimierz MARCINKIEWICZ (qui avait remplacé entre temps l’autre jumeau, qui ne voulait pas, en devenant premier ministre, gêner son frère pour les présidentielles) a préféré constituer un gouvernement homogène, conservateur et minoritaire.

Ainsi, faute de majorité absolue, les conservateurs se sont-ils appuyés pour constituer le gouvernement sur ces deux nouveaux alliés, minoritaires et extrémistes, de sorte que d’entrée de jeu ils sont devenus les otages de l’extrême droite antilibérale. Le résultat ne s’est pas fait attendre : le programme du premier ministre est consternant.

Il repose avant tout sur le « patriotisme économique » (c’est beau comme du VILLEPIN) et dans son discours de politique générale devant la Diète, le nouveau premier ministre s’est engagé à promouvoir un « capitalisme polonais ». La Pologne aux Polonais, cela nous rappelle quelque chose. Et comme si ce nationalisme ne suffisait pas, il a rajouté la nécessité de « renforcer le rôle de l’Etat dans l’économie », en particulier afin de combattre le chômage : comme chacun le sait, seul le renforcement du rôle de l’Etat permet de réduire le chômage !

Le nouveau Premier ministre a clairement précisé que la plupart des entreprises publiques, considérées « comme stratégiques », resteraient dans le secteur public : La Poste, la grande banque PKOBP, les groupes pétroliers Lotos et PKN Orlen, le géant du cuivre KGHM, le producteur d’électricité BOT et les Forêts nationales, la télévision et la radio d’Etat. Bref, « nous allons développer ces sociétés pour créer une marque polonaise et un capitalisme polonais ». Capitalisme d’Etat, on le voit.

Il en a profité pour se déclarer hostile à certains investissements étrangers « inutiles » comme ceux réalisés dans la grande distribution. Comme le souligne Teresa LUBINSKA, ministre des finances, « les hypermarchés ne sont pas vitaux pour la croissance économique ». Qui décide qu’un investissement étranger sera utile ? L’Etat, on s’en doute. Par contre, le consommateur, le client,  on ne connaît pas ! Commentaire du journal Les Echos, pourtant habituellement très pondéré : « Ce projet nationaliste et interventionniste est susceptible de lui attirer les faveurs de l’extrême-droite ». Bref, le libéralisme, voilà le nouvel ennemi.

Les Polonais prendraient-ils des leçons d’antilibéralisme à Paris ? A Varsovie les idées du souverainisme et du socialisme ont conquis les esprits des dirigeants. Voilà qui va décourager les entrepreneurs polonais et étrangers, conduire à la stagnation et même au recul, et encourager de nombreux plombiers polonais à proposer leurs services partout en Europe.

 

Le 29 Novembre 2005

 

 

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