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On ne sait plus
où donner de la tête du coté des grèves dans le secteur public :
grèves à Marseille, à la SNCM puis à la RTM, bien sûr, grève à la SNCF
et à la RATP, dernière grève à l’EDF ou à La Poste, etc…
Toutes ces grèves sont largement légitimées : pour la défense du
service public, contre la privatisation, contre l’ouverture du capital,
contre le démantèlement, contre la main mise patronale, contre le libéralisme
à tout crins, etc. Tout y passe, tout est bon.
Et les usagers peuvent, au mieux, prendre leur mal en patience, même si
parfois, comme à Marseille, ils manifestent leur ras le bol. Les agents des
entreprises publiques peuvent se permettre ces grèves à répétition parce
qu’ils sont protégés par leur statut, ils sont assurés de l’impunité,
et sans doute les journées de grèves leur seront-elles payées. Ils n’ont
pas à se préoccuper des clients, qui sont en général prisonniers du monopole
public. En toute hypothèse, le contribuable est là pour combler les déficits
et subventionner chacun. On peut gaspiller sans compter. Voilà pourquoi
un petit nombre de meneurs syndiqués fait la loi : 7% en moyenne
de taux de syndicalisation, mais avec des piquets de grève bien rodés
et une pression sur les non-syndiqués, convaincus ou terrorisés par les
grévistes, suivant les cas, cela suffit à bloquer tout le système. C’est une autre
chanson dans le secteur privé. Le taux de syndicalisation y avoisine les
1%. Les syndicats y sont inexistants dans de nombreux secteurs, en particulier
dans le tertiaire ou dans les PME. La concurrence, nationale et étrangère,
est là pour rappeler tout le monde au sens des réalités ; les privilèges
sont inexistants en raison de cette même concurrence ; et chacun
sait qu’affaiblir l’entreprise par des grèves, c’est mettre en péril son
propre emploi. Dans ces conditions,
on ne saurait être surpris par les statistiques publiées par le ministère
du travail sur le nombre de journées de grèves dans le secteur privé. En 2004, il a reculé de 14% par rapport à 2003, tandis
que le recul est de 50% depuis 1996. On observe à
la fois un recul du nombre de conflits (-1% en 2004) et en même temps
une réduction de la durée moyenne des conflits, qui est désormais légèrement
supérieure à trois jours par gréviste, contre près de quatre jours en
2001. Les initiatives sont souvent plurisyndicales,
et c’est ainsi que la CGT, toujours en pointe, est présente dans six actions
sur dix. Les mouvements « spontanés » sont un peu plus nombreux :
13% des initiatives en 2004, contre 10% en 2002. On notera cependant
que la grève ne touche, dans les entreprises concernées, qu’une minorité
de salariés : dans les établissements en grève, 36% seulement des
salariés ont été recensés comme grévistes en 2004. Les salaires et les
primes sont le premier motif de déclenchement d’une grève dans le secteur
privé, à l’origine de 39% des arrêts de travail, ce qui tranche avec les
motifs folkloriques des grèves du secteur public (défense des usagers
par exemple !). La proportion des revendications liées au thème de
l’emploi est en baisse, en particulier parce que les plans sociaux sont
eux-mêmes en baisse de 17%. Le recours au
conflit recule ainsi dans tous les secteurs, sauf dans le secteur public
(audiovisuel, transports, énergie, etc.). Ces
statistiques traduisent une évolution intéressante, elles en disent long
sur l’action syndicale dans un contexte concurrentiel : les grèves
ne peuvent être un élément de progrès social, seule la compétitivité permet
de garantir l’emploi, le pouvoir d’achat et la promotion personnelle.
Car la grève
« cessation concertée » du travail, s’inscrit dans une logique
de négociations collectives, alors que les relations humaines dans l’entreprise
exigent aujourd’hui la souplesse et la personnalisation. La pression du marché, le service du client sont en train de donner de nouvelles missions, de nouvelles perspectives aux hommes dans l’entreprise. La négociation collective est une réminiscence de la lutte des classes. Elle est amenée à disparaître – sauf évidemment dans le secteur public où elle oppose en apparence les « travailleurs » et « les directions », mais en réalité les budgétivores et les contribuables, les privilégiés et les usagers.
Le 29 Novembre
2005
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