LA BATAILLE DE L’ECOLE PRIVEE EN ESPAGNE


Nous avions souligné, il y a peu, la bonne santé de l’économie espagnole, en raison de la politique saine qui avait été menée par l’actuelle opposition, lorsqu’elle était au pouvoir avec AZNAR, jusqu’à il y a  moins de deux ans. Mais on avait le sentiment que l’opposition était KO depuis sa défaite surprise en raison des attentats de Madrid. Et le gouvernement surfait sur les bons résultats économiques, en se les appropriant bien entendu.

Le premier changement notable a eu lieu à l’occasion d’une importante marche contre le mariage homosexuel, à laquelle avait aussi participé massivement l’Espagne catholique, épiscopat en tête, aux côtés de l’opposition. Mais l’affaire actuelle risque de déclancher encore plus de réactions, car il s’agit du sujet sensible qui est celui de la place de l’école libre. On se souvient qu’en France, les manifestations sur l’école libre avaient mis en péril le gouvernement et fait tomber en 1984 le gouvernement socialo-communiste, qui avait du être changé et renoncer à son projet. En sera-t-il de même en Espagne ? Ce n’est pas impossible, quand on commence à toucher à la liberté de choix des parents et ce faisant à la conscience humaine.

Toujours est-il que le gouvernement du socialiste José Luis ZAPATERO est confronté au plus important mouvement de contestation depuis son arrivée au pouvoir en mars 2004. Des centaines de milliers de personnes ont manifesté contre le projet de loi organique sur l’éducation, à Madrid, à l’appel des parents d’élèves catholiques et des responsables de l’enseignement privé. On annonce 407 000 personnes selon la préfecture, mais 1,5 million selon la région et 2 millions selon les organisateurs. Les représentants du parti populaire d’opposition étaient très présents, de même que les représentants de l’Eglise catholique, conférence épiscopale en tête.

Certes, le projet ne remet pas en cause le financement public des écoles privées (sous contrat, pour rependre l’expression française, établissements « concertés » dit-on en Espagne). Mais il remet en cause le libre choix des élèves par les établissements. Le gouvernement veut, à travers des commissions de scolarisation, avoir un droit de regard sur la répartition entre le public et le privé des élèves « aux besoins spécifiques », en particulier issus de l’immigration. Ce qui remet en cause la liberté et l’autonomie des établissements, le libre choix des élèves étant fondamental.

En outre, se greffe sur ce débat l’enseignement de la religion, qui compte actuellement pour la notation et le passage dans une classe supérieure. Désormais il ne compterait plus, alors que l’opposition et l’Eglise veulent que la religion soit considérée comme une matière comme une autre. La qualité de l’enseignement est aussi en cause, car le passage dans une autre classe serait facilité.

La population est très mobilisée et, pour la première fois, un sondage donne le parti populaire vainqueur en cas d’élections législatives. Dix-huit mois auront suffit aux socialistes pour ruiner leur réputation en abordant des sujets sensibles. Le camp conservateur s’est remobilisé, après avoir été sonné par les élections précédentes. En outre, le rejet par l’opinion du projet de nouveau statut pour la Catalogne a été pour beaucoup dans le revirement de l’opinion. La présence de nombreux drapeaux espagnols dans le cortège le confirme.

Certes, les élections ne sont pas pour demain et rien n’est joué des années à l’avance. Mais les socialistes espagnols auraient du apprendre de leurs collègues français qu’il y a des sujets avec lesquels on ne joue pas,  qui constituent pour l’opinion une ligne jaune à ne pas franchir ; surtout quand un tiers des enfants espagnols sont inscrits dans l’école libre. Les droits des parents, le libre de choix de l’école, les questions religieuses touchent à la conscience de chacun. Ce sont des sujets sur lesquels on ferait bien de réfléchir avant d’envisager de s’y attaquer. C’est peut-être là la première erreur stratégique du gouvernement ZAPATERO.

 

Le 24 Novembre 2005

 

 

Imprimer cette page