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Le secteur de la défense est l’un des plus propices aux atteintes à la concurrence : non seulement c’est un secteur exclusivement public, du coté de la demande, mais encore un secteur qui a le goût du secret et qui cherche à l’imposer par tous les moyens. La concurrence y est faible, voire inexistante, et le manque de transparence y est total. La pression de l’Europe en faveur d’une libéralisation du marché des armements est forte et les ministres de la défense ont adopté à Bruxelles un code de conduite que certains qualifient « d’inspiration anglo-saxonne ». La correspondante du Figaro à Bruxelles parle même « d’une mini révolution à l’anglaise ». C’est sans doute exagéré, mais on a fait indiscutablement un pas dans la bonne direction. Le directeur de l’Agence européenne de défense (EDA), le Britannique Mick WITNEY, affirme même que « c’est une décision historique ». Les ministres des vingt-cinq ont en effet adopté un code de conduite visant « à ouvrir à la concurrence le marché opaque et protégé de l’armement ». Les gouvernements traînaient jusqu’ici les pieds. Le Figaro précise : « Jusqu’ici organisés dans le secret des cabinets ministériels, les achats de matériel militaire par les gouvernements devront se faire au grand jour, par le biais d’appels d’offres qui seront centralisés à Bruxelles et publiés sur Internet ». Les industriels ont poussé eux aussi à une plus grande transparence. Chacun en espère un mieux pour l’industrie européenne de l’armement. Le Président Nick WITNEY précise : « C’est une question de survie économique pour le secteur de l’armement. Les industries européennes ne peuvent plus se contenter des commandes nationales. Les budgets de la défense n’y suffisent plus. Elles doivent trouver d’autres débouchés ». Il est vrai que, dans les budgets nationaux de la défense, seuls 30% des crédits sont consacrés à l’acquisition de matériel, le reste allant en frais d’administration, en salaires et en pensions. Le niveau d’investissement en recherche et développement est faible et ne représente qu’un cinquième de l’effort américain. Une vraie concurrence devrait permettre à ce secteur de se renforcer autour de nos vrais points forts. C’est avec des arguments de ce type que Nick WITNEY « aura réussi, en moins d’un an, à vendre aux ministres de la défense la réforme la plus libérale qui soit dans ce secteur ». Comment la France a-t-elle réagi face à cette libéralisation ? Bien entendu, elle a d’abord été méfiante. Puis « elle a accepté cette révolution anglo-saxonne en espérant qu’in fine elle aboutirait à une forme de préférence communautaire qui dissuaderait les Etats membres d’acheter du matériel américain ». C’est un contresens total. Et c’est le drame avec les positions françaises : quand on leur parle concurrence et ouverture des marchés, les autorités françaises comprennent préférence communautaire et protectionnisme. Or ce n’est évidemment pas le but de la réforme pour nos partenaires. Le responsable de l’Agence y insiste « le Code de conduite n’empêchera personne d’acheter américain ! Ce n’est pas une forme de protectionnisme ». Gageons que la Pologne continuera à acheter ses F16 aux Etats-Unis. Au fond, rien de neuf sous le ciel européen : l’Europe libéralise peu à peu tous les secteurs ; pendant ce temps, la France freine et rêve d’un dur protectionnisme ; les autres préfèrent le doux commerce. Dans tous les domaines, nous sommes à contre-courant. Et maintenant nous voici autistes : nous ne comprenons même plus ce qui est décidé à Bruxelles, tellement nous avons nos petites catégories à nous. Nous voilà devenus sourds : il y a des mots comme libéralisme, concurrence ou autres que nous avons rayés de nos dictionnaires. Nous n’en comprenons même plus le sens.
Le 30 Novembre
2005
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