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Si nous avons toujours
marqué une certaine prudence vis-à-vis de la thèse du docteur REICHMAN,
en ne la relayant pas, c’est parce qu’elle nous paraissait une interprétation
fausse -hélas- des textes en vigueur. Et qu’il nous semblait dangereux
d’inciter les professionnels à faire comme si le monopole n’existait
pas, au risque pour eux d’encourir des poursuites pouvant aller jusqu’à
la prison. Notre confrère le Figaro,
sous la plume de Béatrice TAUPIN, a rapporté les termes de la réaction
du ministère des affaires sociales, qui vient de rappeler officiellement
la situation juridique : « Toute personne qui travaille et
réside en France est obligatoirement affiliée au régime de Sécurité
Sociale français dont elle relève : régime général des salariés,
régimes des non-salariés ou régimes spéciaux. A ce titre, elle est assujettie
aux cotisations de Sécurité Sociale correspondantes, à la CSG et à la
CRDS ». Et le ministère d’ajouter
que cette obligation « respecte pleinement les directives européennes
sur l’assurance ». Evidemment, on pourrait dire que le ministère
français donne sa propre interprétation, qui n’est pas celle de Bruxelles.
Aussi a-t-il pris soin de faire confirmer ces informations par Bruxelles,
qui a qualifié officiellement « d’erronées » les informations
parues dans la presse à ce sujet. Sur le plan juridique, le débat est,
donc, hélas, clos : le monopole de la Sécu existe toujours. Béatrice TAUPIN commente :
« ces directives ont mis en place un marché unique de l’assurance
privée qui ne concerne pas les régimes de Sécurité Sociale obligatoires,
mais s’applique en revanche à tous les régimes de protection complémentaire
facultatifs (prévoyance, maladie, retraite,…). Ainsi, parce qu’ils sont
obligatoires, les régimes complémentaires de retraite Arrco-Agirc sont considérés en droit européen comme un prolongement
de la Sécurité Sociale, donc soumis au monopole ». En revanche, les mutuelles
et sociétés d’assurance donnant des contrats complémentaires facultatifs
sont soumises aux règles de la concurrence et aux directives européennes,
qui d’ailleurs ont déjà (depuis 1994 et 2001) été transcrites dans le
droit national. Béatrice TAUPIN rappelle d’ailleurs que le Cour de justice
des Communautés européennes a été saisie plusieurs fois du dossier et
qu’elle a toujours réaffirmé l’existence du monopole. Du coup, le refus
« d’acquitter les prélèvements sociaux et le fait d’inciter ses
salariés à cesser de cotiser exposent l’employeur à des poursuites pénales :
6 mois d’emprisonnement et 7 500 euros d’amende et même jusqu’à
2 ans d’emprisonnement et 30 000 euros d’amende pour ceux qui vont
jusqu’à organiser le refus par les assujettis de se conformer à la loi ». Pour compléter le tableau,
la réforme DOUSTE-BLAZY de l’Assurance-Maladie,
que le Parlement est en train de voter, rappelle dans son article 1
le caractère « universel, obligatoire et solidaire de l’Assurance-Maladie ».
La situation juridique est donc, encore une fois hélas, très claire
et il faut en être conscient. Dans un certain nombre
de cas, l’Europe a beaucoup fait pour nous aider à ouvrir les marchés,
et en particulier les services publics, à la concurrence. Malheureusement,
elle ne s’est pas montrée aussi courageuse en matière de Sécurité Sociale.
Les directives européennes de 1992 étaient pourtant claires : l’assurance
est une activité soumise à la concurrence, les assureurs ayant pour
seule obligation de donner une garantie financière suffisante. Seules
les assurances publiques étaient dispensées de cette obligation – ce
qui a permis à la France de soutenir que la Sécurité Sociale n’était
pas concernée par l’ouverture à la concurrence, une thèse erronée mais
que l’on n’a jamais osé contester sérieusement à Bruxelles, voire même
à Luxembourg, à cause des pressions exercées par Paris. Le combat reste donc à
mener, aussi bien sur le plan national que sur le plan européen. Mais,
dans l’état Le peuple de France doit
pouvoir bénéficier du libre choix de la protection sociale. Il faut
mettre fin au monopole désuet et scandaleux de la Sécurité Sociale.
On lui a peut-être coupé la tête, mais le canard court toujours.
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