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Nous avions cru naïvement qu’EDF était devenue une entreprise comme une
autre. D’un côté le marché de l’électricité est désormais ouvert assez
largement à la concurrence ; elle n’est donc plus un monopole ;
de l’autre, l’entreprise a cessé d’avoir un statut privilégié pour devenir
une société banalisée, même si elle reste à capitaux publics : on
a assez entendu hurler les syndicats sur ce point. Il se trouve qu’EDF juge qu’elle doit augmenter ses prix. C’est sa liberté
d’entreprise. Nous n’avons aucune opinion sur la question, c’est à l’entreprise
et, en fait, au marché d’en juger. Peut-être faut-il augmenter les prix
parce que les coûts augmentent, en particulier avec la hausse du pétrole ;
peut-être faut-il au contraire diminuer les prix à cause de l’ouverture
à la concurrence ; aux dirigeants d’EDF de faire le choix qui leur
semble bon, compte tenu du marché. Peut-être d’ailleurs faut-il réduire
les prix à cause de la concurrence et en dépit de la hausse des coûts,
et donc réduire les coûts : seul le marché le dira. Mais si nous ne savons pas les vrais prix que devrait révéler le marché,
s’il fonctionnait correctement, Jean-Pierre RAFFARIN, lui, le sait. Il
vient de refuser la hausse des prix d’EDF. Et il a deux arguments imparables.
Le premier c’est que « je ne souhaite pas l’augmentation des
prix de l’électricité pendant les périodes de froid ». Quel courage,
quelle audace. On attendra donc la canicule pour augmenter les tarifs.
Voilà un bon indicateur de la façon dont doivent évoluer les prix :
le thermomètre. Deuxième argument : le gaz doit augmenter, car lui, nous l’importons,
tandis que l’électricité, nous la fabriquons. Si nous l’importons, nous
subissons passivement les coûts (comme s’il n’y a avait pas de marché,
ni d’énergie de substitution), tandis que si nous fabriquons, nous pouvons
nous désintéresser des conditions de la production, puisque c’est nous
qui fabriquons, sans doute gratuitement : imparable. Voilà des raisonnements
économiques impressionnants qui devraient valoir le prix Nobel à M. RAFFARIN. Nous, nous avons une vision plus simple, moins subtile. Un peu naïvement,
nous avions cru qu’on avait, certes non pas privatisé EDF -ne rêvons pas-
mais du moins qu’on l’avait un peu désétatisé et introduit dans ce secteur
quelques mécanismes de marché. M. RAFFARIN vient de nous rappeler à l’ordre.
L’EDF, c’est lui. Les prix de l’électricité, c’est lui. Il ne va pas laisser
quelque chose d’aussi vulgaire que le marché lui en imposer. M. RAFFARIN
est bien libéral, n’est-ce pas ? Nous nageons donc en pleine économie
libérale. Revoilà les prix fixés par l’Etat.
A quand le retour de l’ardente obligation du plan ?
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