PAS DE SIGNES RELIGIEUX DANS LES ECOLES CATHOLIQUES ?


 

La « bataille des crucifix » a sonné le glas du communisme en Pologne. Aura-t-elle lieu en France ? Va-t-elle déboucher sur la victoire ou la défaite de la liberté religieuse ?

Le débat sur la laïcité a pris de l’ampleur, à partir de la question du port du voile dans les établissements scolaires. Dans son éditorial du 1er novembre (« Le voile et la croix », NL 769) Jacques GARELLO a donné la position libérale, que l’on avait guère entendue défendre par la classe politique dans ce brouhaha médiatique : liberté religieuse, liberté scolaire, liberté du culte. Les familles choisissant l’école la plus conforme à leurs croyances, les relations contractuelles fixant les choix et les droits de chacun.

Mais les princes qui nous gouvernent n’acceptent pas cette solution libérale et envisagent de plus en plus sérieusement un recours supplémentaire à la loi, imposant à chacun de nouvelles contraintes et obligeant les uns ou les autres à masquer leur foi.

C’est ainsi que l’on a appris que la mission DEBRE, mission parlementaire sur les signes religieux à l’école, présidée par le Président de l’Assemblée Nationale, souhaitait « interdire le port des signes religieux ou politiques visibles dans les collèges et lycées publics comme dans les établissements privés sous contrat, y compris dans les écoles catholiques ». Certes on précise que cela ne concerne que les élèves, mais pas les murs : on pourrait donc y laisser des crucifix… Rien n’est dit pour les professeurs, mais sans doute dans la même logique que celle des élèves ne pourrait-on plus enseigner habillé en prêtre ou en religieuse…(Que dire alors des maternités catholiques, qui participent elles aussi au « service public » : faut-il en interdire l’accès aux religieuses en habit ?).

Car les parlementaires sont précis : « Ces établissements sont subventionnés pour remplir une mission de service public. Ils doivent donc respecter les valeurs de la République » précise Robert PANDRAUD, député UMP, membre de la mission, qui ajoute que bien sûr cela ne nuira pas aux écoles religieuses ! Tous les députés ne sont pas d’accord et certains ont souhaité que les écoles privées puissent fixer librement leur règlement intérieur pour respecter leur spécificité. D’où une certaine hésitation quant à la version définitive.

La version « officieuse » telle qu’elle est publiée par Le Monde du 13 novembre prévoit bien une extension aux établissements privés sous contrat. Certains députés ont essayé encore à la dernière minute de faire disparaître cette extension, réservant le cas des écoles privées, afin d’obtenir un vote unanime des députés. Résultat : le lendemain, le communiqué de M. DEBRE précisait finalement que « l’unanimité n’a pu se faire sur l’extension de l’interdiction aux établissements privés sous contrat en raison de leur caractère propre ». On verra ce qu’il en sera dans les versions ultérieures, et surtout dans le projet de loi, mais le simple fait que cela ait pu être envisagé, ne serait-ce qu’un moment, par une majorité de députés en dit long sur le climat actuel.

Voilà une logique qui ressemble fort à celle du petit père COMBES. Certains veulent régler leurs vieux comptes avec les religions, christianisme compris.

C’est une manière de rompre avec la tradition (relativement) libérale selon laquelle les établissements d’enseignement catholiques comme ceux des autres religions reposent sur le principe du « caractère propre », inscrit dans la loi et reconnu par le conseil constitutionnel. Comment concilier le caractère propre avec l’interdiction du port de tout signe religieux visible ? (M. DEBRE était très précis : cela ne concernerait pas les pendentifs « dissimulables »). Nous sommes donc actuellement menacés par un retour à la laïcité pure et dure.

Mais cette dérive n’était-elle pas prévisible ? On voit toute la fragilité du système actuel pour les établissements scolaires « libres » : en participant au service public, ils se sont enfermés dans une logique dangereuse, dont la commission DEBRE n’avait fait, dans un premier temps, que tirer les conséquences logiques et ultimes. Ici encore, les représentants de religions, évêques en tête, devraient réaliser que seule une véritable liberté, une concurrence scolaire authentique, garantirait le caractère propre de leurs écoles. En restant dans la logique étatique actuelle du service public unifié et laïque de l’Education Nationale (SPULEN), c’est le peu de liberté scolaire qui existe encore qui sera menacé et c’est la liberté religieuse qui est livrée à la surenchère laïque. Ce n’est pas le moindre des paradoxes que de voir que le fondamentalisme islamique, réveillant le fondamentalisme laïque, va finir par menacer la liberté religieuse dans le système bureaucratique et centralisé à la française. Nos autorités religieuses doivent faire preuve ici de vigilance, de clarté et de détermination. Nous devons les encourager et les soutenir.

 

 

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