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Que
se passe-t-il en Russie ? Les choses ne sont jamais simples dans
ce pays et il faut toujours se garder d’interprétations hâtives, surtout
s’agissant d’un pays dans lequel la presse n’est pas libre. En apparence,
tout a commencé avec l’arrestation du principal dirigeant du géant pétrolier
YOUKOS, à savoir Mikhaïl KHODORKOWSKI. Certes,
on peut ne pas avoir de sympathie pour cette catégorie de dirigeants économiques,
souvent issue de l’ancien pouvoir, et mis en place à l’occasion de fausses
privatisations, où tout est arrangé à l’avance. Mais
personne n’est dupe : les accusations contre les dirigeants de YOUKOS
ne sont que de la poudre aux yeux, et le pouvoir se moque bien de savoir
si KHODORKOWSKI ou ses amis ont détourné des fonds ou fraudé le fisc.
La seule chose qui l’intéresse, c’est que ce dirigeant aspirait à avoir
un rôle politique et qu’il avait les moyens de financer l’opposition « libérale »
lors des prochaines législatives et présidentielles : quoi de plus
simple que d’arrêter un opposant pour le faire taire et l’empêcher de
nuire ? Qui veut noyer son chien l’accuse d’avoir la rage, comme
chacun sait. Mais
au-delà de la personnalité de l’accusé, c’est toute l’opposition qui est
visée dans sa fraction la plus libérale et en particulier tout ce que
la Russie compte d’entrepreneurs et de meneurs sur le plan économique.
La bourse ne s’y est pas trompée et a fortement baissé. Il existe en effet
une opposition, plutôt favorable à l’économie de marché, avec des amis
jusqu’au KREMLIN, venus de l’époque ELTSINE et GAYDAR.
Ils combattaient l’autre tendance, majoritaire au pouvoir, celle des partisans
des méthodes policières. Il ne fait aucun doute que celui qui a tout commandité
est Vladimir POUTINE lui-même. Cette arrestation est tout à son profit
et lui permet d’éliminer toute opposition, y compris au sein du KREMLIN.
Poutine porte les intérêts de son clan, qui a toujours été et reste celui
de l’ex-KGB, dont il a été le grand dirigeant : les régimes changent,
le KGB et ses méthodes restent. C’est au point qu’un haut dirigeant, ancien
chef de l’administration présidentielle sous ELTSINE, a parlé « d’un
coup d’Etat politique ». C’est
une technique assez courante en Russie, dans laquelle Vladimir POUTINE
est passé maître, qui consiste à pratiquer le changement de pouvoir avant
l’élection, comme le souligne à juste titre le Figaro. On ne s’étonnera
pas si 51% des Russes disaient ne pas croire que la Russie était un Etat
démocratique et 69% affirmaient ne pas penser que les changements de pouvoir
s’effectuent au travers d’élections justes et libres. POUTINE vient de
leur donner raison. Les élections du 7 décembre prochain à la Douma viennent
de se jouer sur cette série d’arrestations et d’attaques contre les dirigeants
d’entreprises : pour faire perdre l’opposition, il suffit de la déconsidérer,
de la décapiter et de la priver de ses sources de financement : c’est
la démocratie selon le KGB. La
Russie n’est pas un état de droit. Ce n’est toujours pas une économie
de marché, car le règne des mafias n’a rien à voir avec celui du libre
marché. Les privatisations sont en trompe l’oeil. Les entraves à la liberté
des médias se multiplient. Mais du moins pouvait-on avoir l’illusion qu’une
avancé vers la démocratie avait été réalisée à travers des élections plus
ou moins libres. La récente élection en Tchétchénie avait déjà été un
défi aux libertés publiques. Les décisions de POUTINE et de son équipe
du KGB viennent de jeter le masque. Si la Russie n’est pas une économie
de marché, elle n’est pas non plus une démocratie, ou alors au sens d’une
démocratie populaire. Certes,
il y a des explications à ce dramatique retour en arrière. Le communisme,
comme Jean-Paul II l’a bien expliqué dans Centesimus
annus, a tué les ressorts moraux élémentaires. Tout est à
reconstruire, y compris une éthique minimale des hommes. Mais cela n’excuse
rien. POUTINE vient de ramener brutalement la Russie à l’époque BREJNEV.
La France est-elle fière de son allié si fidèle dans le combat contre
les Américains ? A vrai dire, du coté français, on n’a pas entendu
beaucoup de voix s’élever pour dénoncer le coup de force de Vladimir POUTINE.
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