LE CHATEAU DE CARTE DE LORD KEYNES

LE JEU DES SEPT ERREURS


Le keynésianisme passe aujourd’hui pour la meilleure réponse à la crise. La recette en est bien simple : dans une conjoncture déprimée l’Etat doit compenser la faiblesse de la consommation des ménages et de l’investissement des entreprises en gonflant les dépenses publiques. Voici du pouvoir d’achat distribué et ces revenus nouveaux vont avoir un effet multiplicateur : les carnets de commande vont se remplir, et les entreprises redémarrant le chômage sera résorbé.

Pour avoir le plein emploi, il faut dépenser, et dépenser toujours. S’enrichir en dépensant, et créer cette richesse grâce à un coup de baguette magique de l’Etat, quel programme séduisant !

Pourtant, la construction théorique de Keynes est un simple château de cartes, qui repose sur une série d’hypothèses plus audacieuses ou plus erronées les unes que les autres. 

Pourquoi le chômage

Keynes part d’une hypothèse qui va gouverner toute sa « démonstration » : il se situe délibérément dans le « court terme ». Les structures de l’économie, les adaptations et évolutions qui soutiennent la croissance ne l’intéressent pas : « Dans le long terme nous serons morts ». Le court terme est une période de temps si brève que les décisions des entrepreneurs se ramènent à un seul choix : créer ou supprimer des emplois. Pas d’innovation, pas de restructuration, pas de modification des coûts ni des prix : face à la conjoncture l’entreprise ne peut que licencier ou embaucher. L’emploi est la seule variable d’ajustement de l’entreprise à la conjoncture. 1% de production en plus c’est 1% d’emplois en plus (erreur #1)

Mais la production programmée par les entrepreneurs dépend de leurs anticipations sur les débouchés futurs : y aura-t-il une demande solvable pour justifier l’embauche d’un travailleur ? L’optimisme ou le pessimisme des entrepreneurs est déterminant pour l’emploi ; observons qu’il s’agit d’un comportement global, concernant tous les entrepreneurs quelles que soient leur activité et la situation de leur entreprise. Nous sommes dans la « macro-économie » (erreur #2).

S’interrogeant sur les perspectives de débouchés, les entrepreneurs ont de quoi être inquiets : la demande globale ne cesse de plonger.  

Insuffisance de la demande globale spontanée

La demande globale est faite de deux composantes : la consommation des ménages et les investissements des entreprises. En cas d’embauche, la masse des revenus ainsi créés va-t-elle être consommée, ou investie, et alimenter ainsi les ventes indispensables pour couvrir les coûts ?

Aucun espoir du côté des consommateurs : il y a, dit Keynes, une « propension marginale à consommer » inférieure à l’unité ; quand ils perçoivent 100 de revenus, les gens n’en consomment que 80. C’est, dit-il « une loi psychologique fondamentale » : on épargne toujours une part du revenu supplémentaire (erreur #3).

Regardons alors du côté des investisseurs. Les entrepreneurs font un calcul de rentabilité : que leur rapporte l’argent investi dans leur capital, et que leur coûte cet investissement ?

L’argent rapporte de moins en moins, « l’efficacité marginale du capital » est de plus en plus faible car toutes les entreprises sont déjà suréquipées, les perspectives de profit nouveau sont donc très faibles (Keynes devait penser à la « baisse tendancielle des profits » imaginée par Ricardo et Marx) (erreur #4). Pour investir, il faudrait que le taux d’intérêt – ce qu’il en coûte pour emprunter l’argent investi – soit lui aussi de plus en plus faible. Mais ici on se trouve confronté à la psychologie de l’épargnant, qui a une « préférence pour la liquidité » et n’engage son argent que si le taux d’intérêt est suffisamment élevé (erreur #5). En dessous d’un certain taux on est confronté à la « trappe monétaire » : tout l’argent nouveau (y compris celui que pourrait créer la banque centrale) est gardé par l’épargnant, aucune dépense d’investissement n’est possible (erreur #6). 

La potion magique

Consommation exsangue, investissement bloqué : si on ne fait rien, la crise se prolonge.

Heureusement l’Etat sera là et lui n’hésitera pas à dépenser. Avec quels moyens ? Ceux qu’il se donnera lui-même avec le budget. L’argent public, lui, créera des miracles : une dépense de 100 va permettre de distribuer 200 ou 300 par entraînement successif des entreprises qui bénéficient directement ou indirectement des commandes de l’Etat (erreur #7).

A la lecture de cette démonstration, on s’interroge sur sa solidité scientifique. Keynes n’en avait cure. Pour lui, l’essentiel était de faire partager son opinion : les forces spontanées du marché conduisent au chômage, et seule l’intervention de l’Etat peut sortir de la crise.

Le 21 Octobre 2009

   
 

 

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