XXXIème UNIVERSITE D’ETE DE LA NOUVELLE ECONOMIE

Mercredi 26 août matin


L éthique du marché : bien commun ou comportements individuels ?

Les débats depuis le début de cette 31ème Université d’Eté tournaient autour de l’observation des évènements actuels : la crise serait-elle due à l’immoralité du marché, qui exciterait l’attrait du gain, qui conduirait aux abus et à la corruption ? On peut maintenant aller plus loin et se demander si, dans son principe même, le marché s’accommode de quelque éthique. C’est le propos des philosophes Douglas Den Uyl et Douglas Rasmussen. Ils précisent d’abord que si le libéralisme n’est pas une philosophie éthique, et ne prétend pas imposer le vrai ou le bien, il n’est pas opposé à la recherche du vrai ou du bien. Tout au contraire, il persuade les individus de leur aptitude à se perfectionner. Ce « perfectionnisme individualiste » n’est autre que la recherche menée par chaque individu pour donner un sens à sa vie. Cette recherche peut se concevoir dans le cadre de deux processus ; l’un est celui du bien commun, l’autre du comportement personnel. Dans l’un, on a une éthique de commandement : l’individu se voit guidé ou accompagné par un choix politique. Dans l’autre on a une éthique de conduite : l’individu progresse dans le respect de « méta-normes », règles de sagesse pratique qui permettent la vie en commun. L’éthique de commandement et des choix publics a la préférence des contractualistes, comme James Buchanan : l’éthique du marché sera toujours soumise au bien commun tel que défini dans le contrat social et la constitution. L’éthique de conduite est affaire de moralistes, et implique que les individus cultivent les « valeurs bourgeoises » (D.McCloskey) : c’est la « main visible » qui permet au marché de fonctionner sans problème. Il va de soi que si le libéralisme a une référence éthique, c’est bien à ces valeurs morales qu’on doit penser, en les replaçant dans cette tension permanente de l’être humain vers son accomplissement personnel.  

La moralité : devoir et vertu 

Le Pr Randy Barnett, juriste à l’Université Georgetown, transpose l’analyse des philosophes au niveau juridique. Il y a en effet deux faces de la moralité : une face externe, les devoirs que l’on a vis-à-vis des autres pour permettre l’ordre social, et une face interne, les vertus que l’on cultive pour rechercher la bonne entente avec les autres. Une moralité est « top down », l’autre « bottom up ». Dans une société de libertés, et dans une économie de marché, chacun est conduit à s’occuper avant tout de ses propres affaires. Il n’y pas de « livre d’éthique », pas plus qu’il n’y a de traité de pêche. Chaque individu agit avec ses connaissances, ses désirs et ses capacités. Les autres ne sont pas pour autant ignorés : les relations sociales ne peuvent exister qu’en partage avec les autres, avec leurs idées, leurs besoins, leurs aptitudes. C’est la base du contrat, qui établit une complémentarité entre individus. Aux droits abstraits qui établissent l’ordre social s’ajoutent quotidiennement les accords et les conflits qui naissent de la pratique sociale, et qui appellent l’intervention de la loi et du juge, qui jouent le rôle de contrôleur de la moralité interne. 

L’éthique du marché a-t-elle sa place en Afrique ?

Les considérations sur l’éthique du marché ont-elles valeur universelle ? Le Pr Mamadou Koulibaly, économiste et président de l’Assemblée Nationale Ivoirienne, craint que cette éthique s’arrête aux portes de l’Afrique centrale et équatoriale. Ces Africains rejettent le modèle du marché pour diverses raisons. D’abord, c’est –du moins le croient-ils – une création de l’Occident, étrangère à la culture africaine. Par exemple il n’y a pas concurrence mais communauté dans le cadre de l’économie tribale. Ensuite, le marché a échoué même en Occident, pourquoi les Africains adopteraient-ils quelque chose qui ne marche pas ? On relèvera encore que l’influence des idées de Marx et de Keynes est toujours très grande dans cette région, et que par comparaison l’esprit d’entreprise est peu développé. Enfin, le droit de propriété individuelle, institution cardinale du marché, n’existe pas, mal défini ou mal protégé. Il s’agit évidemment d’autant d’erreurs, mais il est nécessaire de les repérer pour mieux les redresser.

Néanmoins, le marché est écarté ou déformé en Afrique principalement par le jeu politique, fait de pouvoir absolu et de corruption généralisée. Ceux qui vivent des fonds apportés par l’aide internationale n’ont aucun intérêt à voir se développer la libre entreprise et le libre échange. Le blocage africain est un blocage politique. Les dictateurs et leurs clientèles inventent de toutes pièces une « culture africaine » qui légitimerait le rejet du marché.

Le 21 Octobre 2009

   
 

 

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