L'ENTREPRENEUR : SUPERMAN OU BUSINESSMAN ?

LE MANAGER EST-IL ENTREPRENEUR ?


Pour faire fonctionner des entreprises, il faut des entrepreneurs. La science économique a ignoré cette évidence pendant deux siècles. Adam Smith ne s’était guère intéressé au personnage, et les classiques anglais, comme Ricardo, faisaient purement et simplement l’assimilation de l’entrepreneur et du capitaliste.   

L’entrepreneur n’est pas un capitaliste

Seul un économiste français, Jean Baptiste Say, avait compris l’erreur de Ricardo. Dès 1815, il expliquait qu’être entrepreneur ne signifiait pas, ou pas seulement, être propriétaire du capital de l’entreprise. Certes, à son époque, celui qui créait une entreprise engageait son capital personnel dans l’affaire, mais l’apport en capital ne suffit pas à faire un entrepreneur. Il faut démontrer un grand nombre d’autres talents : repérer les débouchés et la nature des produits à satisfaire une clientèle (fonction commerciale), avoir assez de connaissances et d’expérience pour choisir et entretenir un équipement (fonction technique), savoir mener et motiver des hommes au travail (fonction humaine), et enfin prendre les risques de l’affaire (fonction commerciale). Réunir tous ces talents est chose rare, et Say en concluait que la rémunération d’un entrepreneur, faite de son profit, devait être élevée. L’entrepreneur est donc un « superman » : cela vaut bien le profit. 

L’entrepreneur : espèce en voie de disparition

Dans les années 1930 avec Autrichien, Joseph Schumpeter, reprend l’essentiel de l’analyse de Say en proposant l’image de l’entrepreneur innovateur : celui qui ose proposer un produit ou une technique nouvelle. Le profit est assimilé à une prime de risque.

Mais, se demande Schumpeter, qui veut prendre des risques dans une société capitaliste développée ? Quand on est riche, on a tout à perdre, on préfère la sécurité à l’innovation. L’armée connaît une évolution parallèle : il n’y a plus de maréchaux d’Empire, il y a des états-majors de techniciens de la guerre. Le « crépuscule de la fonction d’entrepreneur » est donc commencé, et avec lui l’agonie du capitalisme. L’ère des organisateurs (Burnham) va s’ouvrir ; John Kenneth Galbraith pronostique la dilution du capitalisme dans le socialisme. 

Le vrai talent d’entrepreneur

Les prophéties de Schumpeter ont été démenties. Le capitalisme a survécu à toutes les crises, la concentration des entreprises a diminué (bien que les feux soient braqués sur le CAC 40), et l’on observe la vitalité extraordinaire des petits et moyens entrepreneurs.

C’est qu’une entreprise n’a pas besoin de « superman », mais simplement de quelqu’un qui sait observer autour de lui, qui comprend les signaux du marché et perçoit ce qu’il faudrait faire pour répondre à des besoins mal satisfaits. L’entrepreneur, nous dit Israël Kirzner, a pour vrai talent la « vigilance » : s’il innove c’est parce qu’il détient une information que personne d’autre ne possède pour l’instant. Il s’avance à coup sûr (du moins le croit-il). C’est l’antériorité d’information, elle-même résultat de la vigilance, qui crée la bonne occasion de profit. L’entrepreneur est un révélateur. Sa découverte est utile à la communauté : en réorientant l’activité économique vers des produits mieux appréciés, l’entrepreneur compense des déséquilibres existants. Comme celui qui découvre une affaire en garde le bénéfice, il y a beaucoup de gens qui découvrent. Le profit n’est pas réalisé au détriment de quiconque, puisqu’il n’est que la contre-partie d’une valeur qui n’existait pas auparavant. Le profit n’est que justice pour le service rendu, pour la valeur créée ex nihilo. 

Qui est entrepreneur ?

« Tout le monde », disait von Mises : la créativité et l’esprit d’initiative caractérisent tout être humain, c’est même l’expression de sa personnalité. Cela se conçoit facilement pour les entrepreneurs individuels, pour tous ces gens qui s’installent « à leur compte ». Mais, pour des raisons diverses (fiscales ou sociales par exemple) certains préfèrent louer leurs talents d’entrepreneurs plutôt que de l’exploiter eux-mêmes : ils acceptent le salariat, avec ses avantages et ses inconvénients. Dans les entreprises sociétaires, la fonction d’entrepreneur est principalement assumée par les « managers ». Leurs talents d’entrepreneurs sont loués par les actionnaires, qui les contrôlent en permanence et attendent des résultats : c’est ce que l’on appelle la « gouvernance de l’entreprise ». Ainsi la vie des entreprises est-elle l’occasion de mutations : des salariés prennent le statut juridique d’entrepreneurs, des entrepreneurs préfèrent devenir salariés. Mais les talents d’entrepreneur, le service d’entrepreneur, ne changent pas.

Le 14 Octobre 2009

   
 

 

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