XXXIème UNIVERSITE D’ETE DE LA NOUVELLE ECONOMIE

Mardi 25 août après-midi


Ceux qui condamnent le marché au nom de la moralité ne se rendent pas compte que, dans bien des domaines, le marché a été entravé, faussé, par les interventions publiques. Ce que l’on appelle parfois « immoralité » n’est que l’effort naturel pour revenir aux lois du marché. C’est ce qui se produit en matière fiscale. Bertrand Lemennicier considère le contribuable et l’Etat comme un couple indissoluble ; le contribuable ne peut pas demander le divorce. L’évasion fiscale est le moyen de retrouver la liberté : qu’est-ce qui est le plus immoral ? Priver les gens de la liberté ou chercher à la retrouver ? Jean Philippe Feldman fait la même constatation en ce qui concerne les pénuries alimentaires (il consacre son prochain ouvrage à la faim dans le monde). Qu’est-ce qui est le plus immoral ? Ne pas assurer les revenus d’agriculteurs qui bénéficient largement des aides publiques, ou condamner les consommateurs et les producteurs de produits alimentaires à mourir de faim dans les pays pauvres parce que les pays riches ont faussé le marché mondial, alors même qu’il devrait y avoir largement de quoi nourrir toute la planète ?  

Les smicards malades de la Sécu

Aujourd’hui quand on s’interroge sur les déficits actuels et futurs de la Sécurité Sociale, c’est pour déplorer que l’on s’arrête à des considérations de rentabilité : la santé a-t-elle un prix ? Les retraites ne sont-elles pas le fruit d’une entraide ? Il serait immoral d’avoir des hôpitaux privés susceptibles de faire des profits, ou de recourir à des compagnies d’assurance qui exigeraient des primes trop élevées (contre lesquelles Obama, le héros de la moralité, est en train de réagir actuellement aux Etats-Unis). En fait, la véritable immoralité c’est de priver les assurés de leur possibilité de choix, et de décider à leur place. C’est encore de pénaliser particulièrement les « assujettis » les plus pauvres, car un smicard paye très cher des prestations qu’il pourrait se procurer à meilleur marché dans un cadre marchand et concurrentiel, et son pouvoir d’achat se trouverait amélioré s’il percevait son salaire complet.  

Vers un retour à la monnaie et à la banque libres ?

On a incriminé l’immoralité des banquiers et des financiers à l’occasion de la crise. En fait, comme le rappelle Antoine Gentier, il faut surtout mettre en accusation l’Etat américain et la politique de la FED. Mais les banques centrales et la monnaie officielle jouissent d’une très bonne réputation, alors qu’elles spolient les épargnants. Fort heureusement, dans ce domaine, les progrès techniques et la révolution informatique ouvrent de nouvelles perspectives. On échappe aux spoliations immorales et aux erreurs des monnaies officielles en émettant des monnaies privées, qui circulent essentiellement sur internet. Il n’est plus besoin de recourir à des intermédiations financières publiques : la confiance est mieux assurée dans ce système que dans celui de la monnaie officielle. Les monnaies privées peuvent être elles-mêmes en concurrence, et à la limite elles n’ont pas besoin de se référer à une unité de compte imposée par l’Etat.

Le danger d’une émission inconsidérée de monnaie est écarté par la responsabilité de banquiers opérant sur leurs propres fonds propres (alors qu’aujourd’hui nous sommes trompés par la fiction du « prêteur en dernier ressort »). 

La mondialisation contre la misère : le cas de l’Inde

A trop vouloir instruire le dossier du capitalisme immoral dans les pays développés, on en oublie ce que le marché et le libre-échange ont été capables de faire ces dernières années. Le cas de l’Inde est particulièrement significatif, même par rapport à la Chine dont l’émergence marchande est fortement teintée de dictature politique. C’est ce que rappelle avec opportunité Wolfgang Mueller (Institut pour la Liberté d’Entreprise de Berlin).

En Inde, la mondialisation a déclanché une vague de création de micro-entreprises, financées par le système bancaire traditionnel ou à travers les micro-crédits (Yunius). Il y a eu parallèlement implantation d’entreprises étrangères, attirées par le faible niveau des impôts et des salaires. Certains appellent cela du dumping fiscal ou du dumping social, mais en quelques années les entreprises indiennes ont su prendre leur place dans le marché mondial. Ce succès né de la mondialisation contraste avec l’appauvrissement incessant que l’Inde avait connu avec la planification des gouvernements socialistes, qui a fait perdre cinquante ans de développement. C’est une forme supérieure de moralité que de permettre à des dizaines de millions de personnes de sortir de la misère, d’envoyer leurs enfants à l’école, d’améliorer leur santé et leurs connaissances.

Le 7 Octobre 2009

   
 

 

Imprimer cette page