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LA DETTE PUBLIQUE VA EXPLOSER En dépit des discours embarrassés de notre
ministre du budget Eric WOERTH, les mesures prises pour le plan de relance
et pour le soutien des financiers ne manqueront pas de faire exploser
la dette publique. On se dit qu’après tout on ne sera pas là pour régler
l’ardoise : nous la laissons en héritage aux générations futures
(nous avons désormais dépassé 20.000 euros par bébé français, qui donnera
une année entière de sa vie active pour rembourser). Après nous le
déluge… Mais cette fuite en avant n’en est pas une. En effet, en attendant
le remboursement du capital, il faut payer les intérêts et c’est bien
le contribuable actuel qui doit assurer « le service de la dette »,
deuxième poste des dépenses de l’État (17% du budget). Ce service deviendra
d’autant plus lourd que les taux d’intérêt réels risquent d’augmenter
substantiellement. Mais qu’est-ce qui laisse prévoir une telle
augmentation de la dette ? S’agissant du plan de sauvegarde financier
(et en laissant de côté le plan de sauvegarde économique) il comporte
deux volets : l’aide de l’État pour recapitaliser les banques (40
milliards) et la garantie apportée par une caisse de refinancement des
établissements de crédits (320 milliards). Dans le premier cas, il est
tout à fait vrai que les banques françaises, comme bien d’autres, sont
sous-capitalisées, ce qui ne permet pas de faire suffisamment face aux
risques sur fonds propres. Mais est-ce le rôle de l’État que de recapitaliser
les banques privées, alors que les actionnaires et les marchés sont là
pour cela ? L’État sera donc actionnaire à 100% de la
SPPE, Société de prise de participation de l’État, qui servira, avec un
plafond de 40 milliards, à recapitaliser les banques. Or, Eric WOERTH
a reconnu que cela aurait un impact certain sur la dette publique. Les
Echos traduisent : « La recapitalisation des banques va faire
bondir la dette publique ». C’est l’État qui lèvera lui-même des
fonds sur le marché pour accroître les fonds propres des banques ;
cela va donc mécaniquement faire progresser d’autant la dette publique,
et comme les banques ont l’air très intéressées, on atteindra bien le
plafond de 40 milliards. Bien entendu, on nous explique que l’État
devenu actionnaire des banques va y gagner des fortunes, en revendant
ensuite ses parts, suivant l’exemple fameux de Alstom, dont Nicolas Sarkozy
est si fier. Mais de deux choses l’une. Ou bien il s’agit d’un placement
sûr et rentable, et on se demande pourquoi l’État n’a pas laissé les fonds
privés régler l’affaire, ou bien il s’agit d’une opération très risquée,
mais il ne faut pas prétendre que c’est une bonne affaire pour les finances
publiques. Si elle est mauvaise, elle accroîtra la dette.
Reste l’autre cas, plus délicat à déchiffrer,
celui du plan de soutien aux banques (320 milliards tout de même, soit
pratiquement le montant du budget de l’État). L’État va emprunter à faible
taux, fort de la qualité de sa signature, pour prêter ensuite aux banques,
avec un taux majoré de 4% par rapport au taux du marché des liquidités.
Les prêts aux banques sont à moyen terme, de un à cinq ans, et se feront
par le biais d’une caisse de refinancement, pour laquelle l’État se porte
garant jusqu’à 320 milliards. Ici, à nouveau, on nous explique que l’État
va gagner à coup sûr. L’impact sur les finances publiques serait
donc nul, voire positif, puisque les banques rembourseront certainement. Mais là encore, pourquoi faut-il une garantie
publique, sinon parce qu’il y a un doute sur la solvabilité des banques ?
Et si certaines banques défaillent, qui en supportera les conséquences,
sinon l’Etat, donc le contribuable? Aujourd’hui la dette publique approche des
1300 milliards (pour la seule partie officielle, sans compter par exemple
presque autant pour les provisions que l’on aurait dû faire pour les retraites
des fonctionnaires) soit 65,3% du Pib et 66% l’an prochain ; 40 milliards
de plus, cela fera au moins deux points de PIB de plus, portant la dette
à 68% : on est alors très loin des 60% du pacte de stabilité en Europe.
Dans l’immédiat, il faudra payer par le truchement de la SPPE 2 milliards
de plus d’intérêts, et creuser le déficit public 2009, qui est déjà de
52 milliards et sera beaucoup plus élevé, compte tenu de l’effondrement
de la croissance, donc des recettes. Dette publique à l’horizon : contribuables,
à vos poches ! « Il n’y a pas de repas gratuit »
(Milton Friedman). Le 29 octobre
2008
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