MADELIN, TOUJOURS LUCIDE


Il y a deux MADELIN : l’homme politique a parfois fait des choix politiques malheureux, tandis que l’intellectuel, disciple de Bastiat et de Laboulaye, a un talent éprouvé, une solide culture et connaît son libéralisme sur le bout des doigts. Ses récentes interventions dans les médias, qui l’ont souvent sollicité, en attestent.

En particulier, son entretien avec François d’Orcival et David Victoroff, publié dans Valeurs actuelles, est empli de bon sens. A peine relèvera-t-on une curieuse invitation faite à la BCE de baisser les taux d’intérêt, mais passons…

Faut-il redouter un retour en force de l’Etat ? « Les politiques n’avaient pas digéré que l’Etat ait été rogné dans ses prérogatives, que les choix individuels l’emportent sur les choix collectifs, que le marché économique l’emporte sur le marché politique. Cette crise est pour eux l’occasion d’une revanche sur le « grand méchant marché ». Celle-ci sera certainement très provisoire ».

Mais d’où vient la crise ? « Le fait déclencheur, la crise des subprimes, mérite d’être regardé de près. Au départ, et avec les meilleures intentions du monde, les dirigeants des Etats-Unis, constatant que, selon le dicton, « les banques ne prêtent qu’aux riches », souhaitent rendre accessible à tous le rêve américain de la propriété individuelle. Pour cela, ils vont faire intervenir deux agences paragouvernementales, Freddie Mac et Fannie Mae, qui bénéficient de la garantie implicite de l’Etat pour refinancer les crédits hypothécaires aux nouvelles acquisitions, et faire voter un arsenal législatif pour punir les banques qui ne prêteraient pas aux pauvres et aux minorités… ».

« Avec la politique d’argent facile et bon marché favorisée par la Réserve fédérale à partir de 2001, ce système va s’emballer. La valeur de l’immobilier augmente, ce qui permet, dans le système américain des prêts immobiliers, de s’endetter encore plus. Ainsi, tout est parti de la politique d’argent facile pratiquée par la Réserve fédérale et de l’intervention publique sur le marché immobilier. Ce sont d’ailleurs les plus libéraux qui ont le mieux vu et dénoncé cette double immixtion de l’Etat ».

Alain Madelin se lance ensuite dans une analyse technique serrée, à propos des instruments financiers nouveaux, qui mutualisent le risque, mais aussi qui, lorsqu’il y a des actifs toxiques, disséminent le mal. Or ce sont les normes comptables et bancaires qui ont accéléré la crise. Ces nouvelles normes comptables « font que si je me débarrasse d’un actif toxique à vil prix, tous les acteurs économiques qui détiennent un actif similaire doivent inscrire ce prix cassé dans leurs comptes. Il s’ensuit une dévalorisation en chaîne. Si nous avions encore les normes comptables de 2005, la propagation de la crise eût été évitée !

Et de citer le raisonnement d’Irving Fisher dans sa théorie de la déflation par la dette : « Un acteur économique endetté est poussé à la faillite, celle-ci entraîne la perte d’une créance par sa banque, qui, elle-même, est obligée de réduire ses crédits à une autre entreprise, laquelle est mise en faillite…Ainsi de proche en proche, se propagent la déflation et la crise ». Et Madelin d’ajouter : « Il eût été nécessaire de suspendre très tôt les normes comptables toxiques ».

« Qu’on ne vienne pas dire que la crise serait due à l’absence de régulation, que les acteurs auraient été libres de faire n’importe quoi ! C’est totalement faux ! La circulation financière, comme la circulation routière, a des règles ».

« La crise que nous vivons est celle de la régulation publique et même de l’interventionnisme public, en ce qui concerne l’origine des subprimes ». Alan Greenspan comme son successeur, a déversé « à la moindre alerte, des tombereaux de liquidités par un écroulement des taux courts de la Fed au risque de créer des bulles financières. C’est d’ailleurs pourquoi les plus libéraux sont aussi les plus critiques du fonctionnement des banques centrales et de cet interventionnisme aléatoire et discrétionnaire qui fausse les prix et le calcul des risques ». Si MADELIN a un peu de temps libre, peut-il le consacrer à former à l’économie ses anciens collègues de la politique, ces Enarques keynésiens devenus ministres ou président ? Il y aurait là une œuvre de salubrité publique, à laquelle nous nous associerions volontiers !


Le 29 octobre 2008

 
   

 

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