UN NOBEL PAS COMME LES AUTRES


Le jury du prix Nobel a couronné l’économiste Paul KRUGMAN, professeur à l’Université de Princeton. Les adversaires du libéralisme et les amis d’OBAMA et des démocrates ont crié victoire. Ils n’ont vu en lui que l’adversaire acharné de George BUSH, notamment à travers ses éditoriaux puissants et agressifs du New York Times. Ils en ont aussi retenu qu’il avait critiqué la théorie classique des échanges internationaux, et qu’il s’était mis à dos une grande partie du monde universitaire américain.

Il est incontestable que, politiquement, Paul KRUGMAN se situe à gauche, c’est un « liberal » au sens américain – c'est-à-dire un partisan de l’Etat, de la redistribution, de la réglementation, etc. Il est aussi étiqueté « néo-keynésien », favorable à des politiques de relances budgétaires et monétaires, donc grand ennemi des monétaristes, de Friedman et de l’école de Chicago.

Mais le personnage est plus complexe qu’il n’y paraît et on a peu relevé que Paul KRUGMAN, reconnu comme un des grands théoriciens du commerce mondial, disciple de Jagdish BAGHWATTI, était l’un des partisans les plus passionnés du libre échange et de la mondialisation. Il n’a cessé de lutter contre le protectionnisme et le nationalisme économique. Certes, sa démonstration était aux antipodes de celle que proposent encore aujourd’hui les néo-classiques. Il avait démoli le fameux « théorème d’Heckscher-Ohlin » qui attribue les vertus du commerce international à la loi des avantages comparatifs formulée au XIXème siècle par RICARDO et John STUART MILL. Il lui paraissait saugrenu de fonder une organisation mondiale du commerce sur la division internationale du travail, alors que le commerce se fait entre producteurs et consommateurs, citoyens de pays différents, et non entre Etats-nations, et alors que la plupart des flux d’importations et d’exportations portent sur des échanges « intra-branches » ce qui signifie que les voitures fabriquées en France sont exportées en Allemagne, tandis que nous importons des anglaises qui viennent d’un pays où l’on importe des voitures allemandes ! Sur ce point, on ne saurait lui donner tort, et son approche peut se concilier avec celle de nombreux économistes libéraux qui voient la vertu du commerce non pas dans la spécialisation mais dans l’élargissement de la concurrence.

Les iconoclastes ont parfois de bonnes intuitions…

Il est vrai que le choix des jurés Nobel aurait pu être meilleur. Mais il n’a pas été le pire.


Le 22 octobre 2008

 
   

 

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