LES ÉVÊQUES FRANÇAIS FACE A LA CRISE FINANCIÈRE


La question des prises de position des « autorités morales » est toujours délicate, car elles ne se situent pas sur un plan technique (« L’Eglise n’a pas de solutions techniques à proposer » écrivait Jean-Paul II), mais elles s’aventurent tout de même, au-delà des principes doctrinaux, sur un terrain prudentiel. C’est ce qui est fait au plus haut niveau avec les encycliques sociales, dont celle de Jean-Paul II en 1991, Centesimus annus, qui marque une prise de position claire en faveur d’une « économie de marché » ou d’une « économie libre » ou d’une « économie d’entreprise ». C’est dans le même esprit qu’on attend désormais une encyclique sociale de Benoit XVI, sur la mondialisation, qui serait en effet bienvenue en cette période de crise, mais dont comprend que sa rédaction définitive prenne quelque retard, compte tenu de la complexité du problème et de ses diverses facettes, dont la facette éthique. Le Vatican n’est pas une agence de presse ni un consultant international.

En revanche, les prises de position des épiscopats sont souvent plus hésitantes. Plus proches du terrain, de la situation concrète d’un pays, elles portent moins sur les problèmes doctrinaux que sur les mesures à prendre dans une situation donnée, terrain plus ouvert aux discussions.

Face à la crise financière actuelle, le Conseil pour les questions familiales et sociales, que préside monseigneur Descubes, archevêque de Rouen, vient de publier un intéressant communiqué de presse sous le titre « Au cœur de la crise : faire crédit, faire confiance ».

Le texte part d’un constat simple : « La crise que nous traversons témoigne de l’importance de la finance pour l’économie et la paix sociale ». C’est une évidence : pas d’économie, pas d’échange, pas d’investissement sans finance. Suit un paragraphe sur les aspects positifs de la mondialisation : « La financiarisation de l’économie a accéléré la mondialisation dont il serait injuste de dire qu’elle n’a que des effets négatifs. Elle a facilité le transfert des richesses et des technologies. Elle a été un levier puissant pour des projets d’investissements dans des pays en voie de développement. La marché libre, à condition de respecter certaines exigences, demeure sans doute l’instrument le plus efficace pour utiliser les ressources et répondre aux besoins des hommes et des sociétés de façon efficace ».

La suite est plus contestable : « Mais la crise nous révèle nombre de conséquences négatives lorsque les logiques financières poussées à l’extrême sont déconnectées de l’économie et ont pour seule fin la recherche d’un profit immédiat ». Nous croyons, pour notre part, que la finance n’est pas déconnectée de la réalité économique ; sans elle, elle n’a pas de sens ; et le profit en lui-même n’a rien de contestable, s’il est la conséquence d’un service rendu, s’il n’est pas le fruit d’un monopole… Suit un passage en gras : « Nos sociétés sont ébranlées. Et comme toujours, en pareil cas, les plus pauvres sont les premières et bien innocentes victimes. Cette crise nous invite tous à nous interroger sur nos modes de vie, sur notre rapport à l’argent, sur nos manières de faire fructifier notre épargne et de recourir au crédit ». Il est normal de s’interroger, de passer nos actes au crible de l’éthique, et il est vrai que l’argent peut être un mauvais maître, même s’il peut être un bon serviteur.

Lorsque les évêques s’aventurent sur le terrain des solutions, on est dans un domaine plus prudentiel, où la discussion est plus ouverte. On peut, légitimement, douter que la « coopération entre les Etats » et la « mise en place d’institutions nationales et internationales efficaces d’organisation des marchés financiers » soient les solutions. Cela se discute en tous cas, mais dans ce paragraphe attaquer une nouvelle fois le profit n’apporte rien, car il reste l’indicateur le plus fiable, sur un marché concurrentiel, du fait que l’on ait répondu aux besoins humains. Par contraste, on appréciera le vœu que « l’économie développe un recours plus raisonné au crédit », ce qui signifie que le crédit doit aller à ceux qui peuvent le revendiquer au nom de leur contribution à la production actuelle ou future.

Quant à la conclusion, elle est le bon sens même : « Quand le souci de l’homme, de tout l’homme et de tous les hommes redevient prioritaire, la confiance renaît ». Nous ajouterons que seule l’économie de marché permet ce souci, dans le respect de la dignité de chacun.

Le 22 octobre 2008

 
   

 

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