![]() | |||||||||||||||
|
BALLADUR : "UN NOUVEL ORDRE MONETAIRE MONDIAL" La
crise financière, nous n’avons cessé de le dire, a provoqué un vent de
folie collective. Toute la classe politique et médiatique en est atteinte.
Nous en trouvons une nouvelle preuve dans les déclarations d’Edouard BALLADUR.
Certes, il n’a jamais été très libéral. Son passage aux Finances (1986-1988)
puis à Matignon (1993-1995) n’avait pas été un modèle du genre libéral :
il avait amorcé le processus de dénationalisation mais en l’assortissant
de la doctrine des « noyaux durs », il avait alourdi la dette
publique (avec la complicité du ministre du budget, un certain SARKOZY),
il avait réformé les retraites en diminuant purement et simplement les
droits des futurs retraités, etc. Réellement rien de stimulant. Toutefois,
dans la mêlée générale, il pouvait passer pour représentatif d’un courant
modéré, qui ne s’était pas privé par exemple de dénoncer certaines dérives
chiraquiennes dirigistes et avait parfois fait preuve d’un certain bon
sens économique. Hélas,
le voici à présent, lui aussi, qui parle comme le ferait le premier socialiste
venu. Son
entretien avec des journalistes de Paris Match, journal grand public s’il
en est, est à proprement parler affligeant. « J’ai toujours dit que
le libéralisme était le meilleur des systèmes, à condition d’être soumis
à des règles ; sinon, c’est la loi de la jungle. Nous y sommes ».
Le voilà qui, comme tant d’autres, confond l’état de droit, nécessaire
au marché (des institutions stables, favorisant la liberté économique)
et la réglementation étatique qui, au contraire, paralyse le marché. « Dans
un rapport publié en 1991, « Avant qu’il ne soit trop tard »,
je soulignais les risques de désordre résultant des monnaies et de la
distribution sans freins du crédit ». S’il a raison sur le second
point (le crédit a été en effet trop facile, encore faut-il pointer le
vrai coupable, les banques centrales), il a totalement tort sur le premier
et se situe dans la tradition dirigiste (et gaulliste) des changes fixes.
Or l’ordre spontané résulte des changes flottants, reflétant le vrai prix
des monnaies et les vraies relations entre elles, tandis que c’est le
système des changes fixes (fixés par les Etats concernés) qui au prétexte
de mettre de l’ordre crée en fait le désordre. « On
constate les conséquences de l’anarchie dans laquelle nous avons trop
longtemps vécu : instabilité des taux de change des monnaies, faillites
bancaires, crise du crédit, affaissement de la production, baisse du pouvoir
d’achat, évolution désordonnée du prix des matières premières ».
C’est un inventaire à Mais
le meilleur est à venir : « Il n’est pas question de revenir
sur la mondialisation ; c’est un fait qui s’impose à tous ;
mais à une mondialisation économique doit correspondre une mondialisation
de la réglementation, indispensable pour éviter le désordre ». Traduisons :
la réglementation et l’intervention étatiques ont échoué au niveau des
Etats ; il convient donc d’en étendre les méfaits au monde entier.
Et sans réglementation, c’est le désordre ; c’est donc l’Etat qui
assure l’ordre (on le constate tous les jours) et ce sont les mécanismes
libres et marchands qui assurent le désordre : voilà le libéralisme
revisité. L’ambiguïté
de cette position « centriste » est bien celle de la troisième
voie, celle que l'on fait passer pour de la
sagesse et de la prudence alors qu’elle n’est qu’incohérence puisqu’elle
juxtapose deux logiques irréductibles et irréconciliables : la logique
économique et la logique politique. « En somme, il s’agit d’organiser
le marché. Mais si l’idée que les marchés ont toujours raison est une
idée folle, celle que l’Etat ne se trompe jamais ne l’est pas moins. Gardons
l’équilibre entre l’anarchie et l’étatisme, élaborons un libéralisme ordonné ». Le
libéralisme ordonné (un ordre construit) n’a rien à voir avec l’ordre
spontané. « Bien entendu, il s’agit d’imaginer un nouvel ordre mondial »
conclut Edouard BALLADUR. HAYEK avait dénoncé cette obsession des faiseurs
de sociétés parfaites en parlant de « la présomption fatale ».
« Il y a trop de grands hommes » disait BASTIAT. Le 16 octobre
2008
| |||||||||||||||