LE « NUTRITIONNELLEMENT CORRECT » : TAXER LES GROS


Il a beaucoup été question ces dernières semaines des problèmes du surpoids et, au-delà, de l’obésité. Il est vrai que l’excès de poids n’est bon ni pour la santé en général, ni pour le cœur en particulier et il est utile que les médecins sensibilisent leurs patients. Ce qui, en revanche, nous semble tout à fait discutable, c’est que la classe politique en fasse son problème : tout devient fait du Prince, même le surpoids de monsieur tout le monde.

Or, dans notre pays, toute intervention politique se traduit par un impôt. L’impôt lutte contre le réchauffement de la planète, l’impôt va nous aider à sortir de la crise financière, l’impôt va nous faire maigrir – il fera sûrement maigrir le pouvoir d’achat.


Il y a quelques mois, il y avait déjà eu une première tentative pour taxer les sucreries dont raffolent les enfants : nous avions parlé de « la fat tax ». Cette fois, c’est un rapport parlementaire sur la prévention de l’obésité qui propose de généraliser la mesure. Ce rapport a été présenté par la présidente de cette commission, Valérie BOYER. Les produits trop gras, trop salés, trop sucrés, seraient soumis à une fiscalité plus forte (par exemple à une TVA à 19,6%), pour faire monter le prix et décourager la demande. Les produits réputés meilleurs (comme les fruits et légumes) auraient une TVA « allégée », peut-être même à un taux super-réduit (si Bruxelles est d’accord) de 2% seulement. C’est le principe du bonus-malus, que l’on croyait enterré. L’impôt, donc le prix des produits, varierait selon leur qualité nutritionnelle.


Le Figaro parle d’une orientation des consommateurs vers le « nutritionnellement correct », un concept aussi redoutable que le « politiquement correct » ! Nous ne reviendrons pas sur la question du juste prix, que nous avons maintes fois traitée, mais le bonus-malus, même appliqué à l’alimentation, n’en débouche pas moins, une nouvelle fois, sur de faux prix, sur des prix administrés. Le projet a bien sûr été contesté, certains proposant seulement la détaxation des bons produits, sans toucher à l’impôt sur les autres. Le Président de l’association nationale des industries agro-alimentaires s’est déclaré opposé à la mesure : « Nous sommes contre la taxation, car nous considérons qu’aucun produit n’est mauvais pour la santé, sinon il serait retiré du marché ». Madame BACHELOT, ministre de la santé, a trouvé la « démarche intéressante », mais le moment inopportun dans la situation actuelle…On verra plus tard.


Mais, une fois n’est pas coutume, la déclaration portant le plus grand bon sens est venue d’un député socialiste, Jean-Marie LE GUEN, qui a dénoncé le projet en déclarant : « La prévention de l’obésité doit privilégier l’éducation plutôt que la pénalisation ». Et avec l’éducation, la responsabilité personnelle et familiale.

Il est vrai que l’impôt sur les gros permet de faire rentrer quelque monnaie dans les caisses vides de l’Etat. Mais n’y a-t-il pas d’autre moyen ? Un humoriste a proposé une solution (même si elle est malséante) : « Si le gouvernement taxait la connerie, il n’y aurait plus de déficit budgétaire ». Dans ce cas, le gouvernement serait le premier contribuable de France.

La seule obésité mortelle, c’est celle de l’Etat.

Le 15 octobre 2008

 
   

 

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