LA CORRUPTION PROGRESSE EN FRANCE


Dans ces temps où l’on se réfère de plus en plus à l’éthique, et où on la respecte de moins en moins, le rapport annuel de l’ONG « Transparence International France » mérite attention. Cet organisme vient de mettre à jour et de publier son indice de la perception de la corruption (IPC). L’IPC évalue « la perception, par les milieux d’affaires internationaux, du niveau de corruption affectant les administrations publiques et la classe politique de 180 pays ». Bien entendu, on peut toujours discuter la méthode, qui repose sur de nombreuses enquêtes, mais son degré de fiabilité est important, d’autant plus que cet organisme utilise la même méthodologie chaque année et dans tous les pays : les comparaisons sont donc significatives.

L’IPC varie de 0 à 10 : plus la note est élevée, plus la corruption est faible. Les dix meilleurs élèves de la classe sont le Danemark (9,3), la Suède (9,3), la Nouvelle-Zélande (9,3), Singapour (9,2), la Finlande (9,0), la Suisse (9,0), l’Islande (8,9), les Pays-Bas (8,9), l’Australie (8,7), le Canada (8,7). On trouve ensuite en bonne place le Luxembourg, l’Autriche, Hongkong, l’Allemagne, la Norvège, l’Irlande, le Royaume-Uni ou les Etats-Unis.

Une carte qui accompagne ces indices montre que la corruption la plus faible se situe dans les pays occidentaux, en Europe, Amérique du Nord, Océanie (en gros les membres de l’OCDE). A l’inverse, la corruption est extrêmement élevée en Amérique latine, en Afrique et dans une partie de l’Asie. Les derniers de la liste, les plus corrompus, ont entre 1 et 2 sur 10. On ne sera pas surpris d’y trouver le Venezuela, le Zimbabwe, le Cambodge, la R.D. du Congo, Haïti, la Somalie, le Soudan, le Tchad, le Kirghizstan, le Turkménistan, l’Ouzbékistan, l’Angola, l’Azerbaïdjan, la Biélorussie et quelques autres. La Russie elle-même est 147ème sur 180.

On ne peut s’empêcher de rapprocher cette liste de celle des indices de liberté que nous commentons régulièrement et qui donnent la mesure de la capacité de développement d’un pays. Les pays les plus pauvres sont les moins libres et les plus corrompus. Transparency International met en évidence le lien « entre pauvreté, faillite des institutions et corruption ». « Tout pouvoir corrompt » disait Lord Acton.  

Et la France ? Bien entendu, elle se situe dans le groupe des pays occidentaux développés. Mais elle n’occupe qu’une bien médiocre 23ème place avec une note de 6,9, contre une 19ème place en 2007 avec une note de 7,3 ! La situation s’est dégradée, la baisse est « significative ». Plusieurs affaires touchant « aux plus hautes sphères de l’État » ont terni l’image de la France : « De l’ancien Président de la République visé par différentes enquêtes de corruption - mis en examen pour l’une d’entre elles - à la mise en examen de l’ex-premier ministre dans le cadre de l’affaire Clearstream et au scandale impliquant la principale fédération d’entreprises françaises (UIMM), nombreux sont les éléments qui ont pu contribuer à dégrader la perception du niveau de corruption en France ». « Le non lieu prononcé dans l’affaire des frégates de Taiwan, après que trois ministres de l’économie et des finances, de gauche comme de droite, aient bloqué l’instruction par l’invocation du secret bancaire, a indiscutablement jeté le doute sur la volonté de la classe politique française de faire toute la lumière dans cette affaire ».

Faut-il s’en étonner ? Le colbertisme amène non seulement inefficacité mais aussi corruption. Vouloir instaurer un capitalisme éthique grâce à l’État est un non sens.

Le 8 octobre 2008

 

 
   

 

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