LES MANUELS SCOLAIRES D’ÉCONOMIE ANTI-MARCHE


Il y a quelque trente ans, nous avions été parmi les premiers, notamment dans le cadre de l’ALEPS, à dénoncer l’orientation idéologique des manuels scolaires français d’économie. De quoi fonder de bons petits marxistes, dénonçant en chœur l’économie de marché. Beaucoup d’autres ont poursuivi et actualisé notre analyse et nous nous en réjouissons. Le fait nouveau, c’est que la dénonciation ne vient plus de think tanks ou d’organisations libérales, mais des groupes les plus officiels et politiquement corrects. C’était le cas au printemps avec le rapport de la commission présidée par le Professeur GUESNERIE, du collège de France, qui n’a rien d’un extrémiste et fait plutôt habituellement dans le politiquement correct. Le rapport dénonçait les attaques systématiques contre le marché. Commence maintenant à circuler aussi, notamment sur le Web, le rapport de l’Académie des sciences morales et politiques sur l’enseignement de l’économie, plus critique encore que le précédent.

Ces rapports ont en commun de relever qu’une part de la responsabilité vient certes de la rédaction des manuels, mais que le biais initial se trouve dans la conception des programmes scolaires : les manuels ne font que surfer sur une vague anti-marché. La responsabilité première est donc celle de l’État, qui définit les programmes.

Les critiques les plus virulentes viennent des experts étrangers ayant participé au rapport de l’Académie. Leur conclusion : « En l’état, le contenu des enseignements n’a qu’un rapport lointain avec la science économique, telle qu’elle est pratiquée non seulement dans les universités et les centres de recherche, mais aussi dans les organisations gouvernementales et internationales et (a fortiori) dans les entreprises ». Les élèves sont incapables d’avoir recours aux concepts et aux méthodes de base de l’analyse économique. La pluridisciplinarité est pratiquée sans que l’élève ne maîtrise les présupposés de chaque discipline (comme la sociologie).

Cet enseignement est inadapté à la poursuite d’études universitaires, puisque les savoirs de base de la science économique ne sont pas inculqués. « La liste des savoirs de base qui sont omis est longue, au point qu’un économiste universitaire a parfois le sentiment, en lisant les programmes officiels, qu’ils concernent une autre discipline que la sienne ». La microéconomie est largement négligée « au profit d’une macroéconomie qui ne fait pas consensus ». On ne comprend pas comment les individus décident et interagissent, « ni la logique de l’échange en tant que jeu à somme positive ». Bien étendu, ils ignorent l’effet pervers d’un contrôle des prix.

Les questions centrales de la science économique sont ignorées dans les programmes, à commencer par « le besoin de coordonner les choix entre les différents décideurs », ou la question des choix « entre des utilisations concurrentes de ressources » : en clair, les apports de BECKER ou KIRZNER sont ignorés. De plus, les chapitres consacrés à l’emploi, la production, la consommation ignorent le mot « prix » ! On parle du chômage sans évoquer ni le salaire, ni les impôts, ni les charges sociales, ni la réglementation du marché du travail, ni bien sur les entrepreneurs. Il s’agit de persuader l’élève que « l’analyse économique se résume à la régurgitation de discours convenus » L’élève « acquiert l’illusion de la connaissance, alors qu’il ne fait que répéter une sorte de catéchisme sorti tout droit du magazine Alternatives économiques ».

Pour l’un des membres, « la vision qui est donnée de l’économie à travers les ouvrages est caricaturale, pessimiste et anti-marché ». Même diagnostic dans le rapport GUESNERIE : « Quant à la mondialisation, il s’agit là aussi de développer un regard critique autour d’auteurs proches d’ATTAC sans vraiment savoir de quoi on parle ». Le Bordas apprend même « comment organiser le mouvement antimondialisation » et le 11 septembre montre, bien sûr, comment la mondialisation suscite la violence politique. Bref le choix des textes « paraît souvent relever de présupposés que l’on a du mal à ne pas qualifier d’idéologiques » ! De quoi former de bons citoyens, qui voteront « bien ». Un désastre à l’échelle d’une génération sacrifiée.

Pourvu que ces manuels ne tombent pas entre les mains de nos dirigeants !

Le 8 octobre 2008

 

 
   

 

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