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BENOÎT XVI : INTERROGATIONS LÉGITIMES SUR LA DÉMOCRATIE BENOIT XVI a mis les
pieds dans le plat, au grand dam d’un certain nombre de donneurs de leçons :
il a contesté que le vote des citoyens puisse être en dernier ressort le fondement
de toute décision sans exception. C’est en tous cas une question légitime, que
nous avons également posée lors de notre dernière Université d’Eté de la Nouvelle
économie à Aix. Que se passe-t-il lorsqu’il y a conflit entre des droits fondamentaux,
qui devraient être intangibles, et un vote majoritaire ? Par exemple :
le droit de vote peut-il effacer le droit de propriété ? Bien sûr, Benoît XVI
pose le problème en tant que chef religieux et évoque les conflits entre une norme
éthique issue de la Révélation et un vote majoritaire. Mais il prend soin de renvoyer
aussitôt à la loi naturelle, ce qui, en quelque sorte, déconfessionnalise le débat
et s’adresse cette fois à tous les hommes, et non seulement aux chrétiens. Cela
l’a conduit, selon Le Figaro, « à fortement critiquer les systèmes démocratiques
qui adoptent, au nom d’une majorité, des lois contraires à celles de Dieu et de
la nature ». Il s’est adressé aux
membres de la Commission théologique internationale, qui prépare un important
document sur la loi naturelle. « Pour le pape, une majorité parlementaire
démocratiquement élue n’a pas la légitimité absolue pour légiférer en matière
d’éthique ». Et le pape de préciser : « Le contenu éthique de la
foi chrétienne n’est pas imposé de l’extérieur de la conscience. C’est une norme
qui trouve son fondement dans la nature même de l’homme ». « La majorité
des citoyens, la majorité d’un instant ne peut être le fondement ultime de la
loi civile ». D’ailleurs « l’histoire démontre très clairement que les
majorités peuvent se tromper ». Et de dénoncer à nouveau le relativisme qui
prétend « garantir la tolérance et le respect » alors qu’il vient saper
« l’ordre démocratique et nourrir la crise de la civilisation humaine ». BENOÎT XVI soulève
ici un redoutable problème, qui avait déjà été évoqué par JEAN-PAUL II dans Centesimus
annus en 1991. Le pape polonais soulignait que la personne humaine, de par sa
nature, était « sujet de droits que personne ne peut violer, ni l’individu,
ni le groupe, ni la classe, ni la nation, ni l’Etat. La majorité d’un corps social
ne peut pas non plus le faire, en se dressant contre la minorité pour la marginaliser,
l’opprimer, l’exploiter, ou pour tenter de l’anéantir ». « Une démocratie
sans valeurs se transforme facilement en un totalitarisme déclaré ou sournois,
comme le montre l’histoire ». Sur ce plan, les véritables
libéraux ne disent pas autre chose : l’homme, par sa nature, possède des
droits fondamentaux que nul, pas même une majorité électorale, ne peut remettre
en cause, comme le droit à la vie ou le droit de propriété. Sur le plan théorique,
les choses sont claires et une majorité élue démocratiquement qui déciderait de
tuer une minorité (cela s’est vu dans l’histoire), de supprimer le droit de propriété
ou le droit à la liberté scolaire ne serait pas légitimée dans ces actions. En pratique, les choses
sont complexes. En effet, tout d’abord quelle est la liste de ces droits intangibles ? Il faut recourir au
droit naturel pour la déterminer. Mais comment faire une liste de ces droits fondamentaux
intangibles ? C’est l’ambition des déclarations de droit, comme celle qui
figure dans la constitution américaine ou celle de 1789. Mais qui établit cette
liste ? Si c’est une majorité élue, on retombe dans le problème initial.
Et l’histoire nous montre, surtout aujourd’hui, que les majorités ont tendance
à mettre n’importe quoi dans les droits de l’homme, confondant droits fondamentaux
et droits sociaux, droits de et droits à. En supposant ce premier
problème résolu, qui fait respecter cette liste des droits intangibles ?
C’est normalement le rôle d’une Cour suprême. Mais elle peut être soumise au pouvoir
politique qui l’a désignée. Combien notre Conseil constitutionnel a-t-il laissé
passer de lois liberticides, remettant en cause au moins indirectement le droit
à la vie, le droit de propriété ou la liberté scolaire ? Même la Cour Suprême
américaine, qui protège mieux les droits fondamentaux que notre Conseil constitutionnel,
n’est pas à l’abri de toute pression. En dépit des difficultés
pratiques pour maintenir l’état de droit, le principe général méritait d’être
rappelé par une haute autorité morale : il y a des limites à la démocratie. Le 24 octobre
2007
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