"UN DES RARES PAYS OU LE MOT LIBERAL EST UNE INSULTE"


Philippe RAYNAUD, philosophe, Professeur de sciences politiques à l’Université de Paris II, vient de publier un ouvrage remarqué sur « L’Extrême gauche plurielle ». Dans un entretien au Figaro Littéraire, il dénonce l’influence de la pensée d’extrême gauche, sous le titre « Un antilibéralisme ambiant ».

« Ces nouvelles radicalités me passionnent, car elles correspondent à une spécificité bien française. Je crois avoir été l’un des premiers à avoir pronostiqué que notre extrême gauche allait persister après la chute du Mur. Cette persistance de la gauche radicale, beaucoup plus influente en France que dans le reste de l’Europe, Italie comprise, est un des aspects de ce qui reste une exception française et pour bien la comprendre, il me semblait nécessaire d’analyser aussi leur production intellectuelle ».

Quelle influence  effective a l’extrême gauche, lui demande Le Figaro ? « Elle est d’abord, c’est une banalité, un poids électoral : dans aucun autre pays européen, elle ne pèse autant sur la vie politique. C’est un vrai souci pour le Parti socialiste, dont la situation était moins compliquée quand son partenaire était le Parti communiste. Mais l’influence de l’extrême gauche se fait sentir au-delà de ses électeurs. Les problématiques de l’altermondialisme sont très présentes dans le débat social où l’extrême gauche bénéficie de l’antilibéralisme ambiant en France. Nous sommes, sans doute, un des rares pays où le mot libéral est une insulte ».

«  En outre, certains thèmes, comme la taxe TOBIN, ont pu séduire à un moment ou l’autre, tous les partis politiques. Le succès d’un journal comme Le Monde diplomatique, qui tire à 400 000 exemplaires, est révélateur de cette tendance radicale. En province, il existe même, c’est assez étonnant, des sortes de cabinets de lecture où les gens se réunissent pour lire Le Monde diplomatique, comme les bourgeois contestataires du siècle des Lumières ».

« Pour beaucoup, le mouvement de 68 a eu une dimension libertaire, mais a été aussi l’occasion de la renaissance d’une politique révolutionnaire, qui, dans les années qui ont suivi, restait marquée par les schémas léninistes et qui a favorisé le succès d’un anticapitalisme radical dans toute la gauche ». La « success story libertaire n’a jamais convaincu une partie des anciens de 68 qui sont restés des militants de base et militent désormais à Attac ou dans d’autres nébuleuses d’extrême gauche, où ils poursuivent leurs rêves radicaux ».

Une autre opinion infondée « c’est celle suivant laquelle la stratégie de MITTERRAND aurait, à elle seule, porté un coup fatal en France à la culture communiste. D’un côté le PC aurait de toute façon décliné, en France comme ailleurs, avec la crise du régime soviétique, plus ou moins rapidement il est vrai. En revanche, on dit moins  que l’union de la gauche a aussi d’une certaine manière contribué à distiller les éléments de la culture communiste au sein du PS lui-même. Ce qui explique en partie une persistance des schémas mentaux révolutionnaires au sein de la gauche française, qui est unique en Europe. On assiste donc à la fois à une prégnance et à une résurgence du gauchisme ».

« Il est vrai qu’en 1984, le tournant de la rigueur n’est pas un véritable aggiornamento du PS : il manque un vrai Bad Godesberg de la social-démocratie française, qui n’ose pas paraître ce qu’elle est et continue de tenir un discours auquel ses dirigeants ne croient plus, entretenant ainsi le désarroi d’un peuple de gauche qui a du reste de vraies raisons de mécontentement. Comme en France, la clé de la politique, c’est la gauche qui est intellectuellement hégémonique même quand elle est politiquement minoritaire, les choses ne sont pas près de changer ».

Voilà en effet le drame de la politique française : l’hégémonie de la gauche intellectuelle, qui façonne nos enfants comme notre classe politique. Voila pourquoi le combat des idées est essentiel et pourquoi les intellectuels libéraux doivent prendre leurs responsabilité et ne pas laisser à la gauche le monopole de la parole. Il est vrai que les médias ne nous aident pas beaucoup dans ce combat et entre la presse et l’école, c’est à qui relaiera le mieux les idées révolutionnaires et marxistes. Il suffit de jeter un œil sur les manuels scolaires.

 

 

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