LA DROITE A DEUX FOIS MOINS BAISSE LES IMPOTS QUE LA GAUCHE… ET ELLE S’EN VANTE !


Toujours à propos des impôts en France, on en apprend de drôles. Le rapporteur général du budget à l’Assemblée nationale, Gilles CAREZ (UMP), s’est livré à d’étonnants calculs et il les livre à ses collègues et à l’opinion. Entre 2002 et 2007, la droite aura deux fois moins baissé les impôts que la gauche entre 1997 et 2002 (période JOSPIN) !

Cette information figure dans le rapport d’une soixantaine de pages qu’il a présenté à l’Assemblée et qui dresse le bilan budgétaire et fiscal de la législature qui s’achève. Depuis la réélection de Jacques CHIRAC, avec des gouvernements « de droite » (RAFFARIN, puis VILLEPIN), il y a eu diverses mesures de baisses ponctuelles des impôts nationaux  - plus que compensées (comme on vient de le voir) par la hausse des impôts locaux et des cotisations sociales. Parmi ces mesures, la baisse forfaitaire de 5% de l’impôt sur le revenu en 2002 et la réduction du nombre de tranches et des taux du barème en 2007. Au total cela représente 18,8 milliards d’euros, soit en moyenne 3,8 milliards par an. Quel  miracle !

Pendant la même durée de cinq ans, mais cette fois entre 1997 et 2002, le gouvernement de gauche de Lionel JOSPIN avait réduit les impôts d’Etat de 35,1 milliards d’euros, en tout, soit 7 milliards en moyenne par an. Deux fois plus que la droite au pouvoir dans les cinq ans qui suivent. De quoi rester perplexe et se poser des questions. En particulier, il y avait eu la baisse de la TVA, mais aussi la suppression de la vignette automobile et surtout le plan FABIUS de 2000-2001 (il semble qu’il ait bien changé depuis) : notamment une diminution sensible du taux marginal supérieur de l’impôt sur le revenu, mais aussi des tranches les plus basses.

Voilà déjà qui est extraordinaire ou du moins extravagant.

Mais la n’est pas le plus étonnant. Incroyable mais vraie : la déclaration de Gilles CARREZ. Le rapporteur du budget se réjouit de ce que la droite ait moins diminué les impôts que la gauche, car il y voit la marque du « caractère responsable et mesuré de la politique budgétaire suivie depuis 2002 ». On est responsable et mesuré quand on baisse deux fois moins les impôts que les socialistes ! Et on s’en vante !

En effet alors que la gauche aurait gaspillé l’argent public (en baissant les impôts - sic), la droite a mené pour sa part une politique responsable, elle n’ pas voulu faire trop de cadeaux aux contribuables. Merci de cette « rigueur ». Elle démontre d’abord l’ignorance de la logique fiscale : la courbe de Laffer démontre qu’en baissant les taux d’imposition on augmente les rentrées fiscales. Elle montre encore l’irréalisme de l’analyse : jamais l’endettement public n’a été aussi élevé, tout simplement parce qu’on a refusé de s’attaquer aux dépenses publiques. Comme le dit joliment M. CARREZ «  Durant la présente législature, l’état des finances de l’Etat n’a été, d’un point de vue structurel, ni dégradé, ni, il est vrai, substantiellement amélioré ».

Comment un électeur pourrait-il s’y retrouver ? Faut-il désormais admettre que la responsabilité gouvernementale consiste à  ne pas baisser les impôts et que la gauche se serait ainsi rendue coupable d’inconscience ?

Notre brave rapporteur est finalement obligé de dévoiler quelques bribes de vérité sur le sérieux de la présentation budgétaire. Il est obligé de dénoncer les astuces comptables qui minimisent artificiellement les dépenses et le déficit : c’est dire si nous sommes gouvernés avec rigueur !

On ne sait ce qui doit nous accabler le plus : si c’est le fait que la droite soit parfois encore moins libérale que la gauche, ou si c’est le fait qu’elle s’en vante et s’en réjouisse. La politique française est décidément totalement déprimante, comme le budget.

 

Le 18 octobre 2006

 
   

 

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