Allemagne : FAUSSE REFORME DU SYSTEME DE SANTE


Une nouvelle fois, la grande coalition allemande entre les chrétiens-démocrates et les sociaux-démocrates vient de déboucher sur l’immobilisme. Il s’agit cette fois-ci de la réforme - indispensable – du système de santé. Alors que la CDU-CSU souhaitait au départ une réforme favorisant les caisses privées et la concurrence, elle a dû en rabattre face au SPD et le résultat, c’est une fausse réforme, d’inspiration plutôt dirigiste, qui ne réglera rien.

Il faut dire que le texte a été mis au point par les services d’Ulla SCHMIDT, ministre fédéral social-démocrate de la santé. Il faut dire aussi qu’il a fallu sept heures de négociations finales entre la CDU-CSU et le SPD pour accoucher de ce « compromis ».Le projet, qui doit encore être ratifié par les deux chambres, devrait entrer en vigueur au 1er avril 2007. 

Le texte prévoit la création d’un fonds qui verra le jour le 1er janvier 2009. Les cotisations des assurés seront versées à ce fonds de la santé qui les redistribuera aux 250 caisses publiques d’assurance-maladie, chaque caisse recevant la même somme par assuré. Mais Les Echos précisent que « les caisses en difficultés (beaucoup sont en déficit, pour 7 milliards en tout) pourront prélever auprès des assurés une cotisation supplémentaire qui ne dépassera pas 1% du revenu disponible ». De plus, le fonds bénéficiera d’une dotation fédérale de 1,5 puis 3 milliards d’euros : le contribuable au secours de l’assuré.

Au lieu d’avoir comme maintenant des caisses publiques autonomes, désormais existera une certaine dose de péréquation entre les caisses publiques. En clair, les caisses prospères et efficaces devront aider les caisses moins performantes. Cela ne va guère dans le sens d’une incitation à bien gérer, puisqu’on pourra compter sur les autres.

D’autre part, que deviennent les caisses privées ? Elles assurent aujourd’hui 8 millions de personnes. Certes, elles ne vont pas disparaître – encore heureux ! Mais les tarifs des systèmes public et privé vont être harmonisés : plus de possibilité de concurrence par les prix. Elles perdent aussi la possibilité de sélectionner leurs assurés en fonction de l’âge et de leurs ressources financières.

Tout le monde n’a pas apprécié le compromis et le ministre-président CSU de la Bavière, Edmund STOIBER, ne s’est pas gêné pour affirmer que « la péréquation doit être limitée ». Il a même laissé entendre qu’il pourrait revenir sur son soutien à la réforme. Et l’aile gauche du SPD n’a pas renoncé à modifier le texte dans un sens encore plus gauchisant lors de la discussion parlementaire : elle souhaite -ni plus, ni moins- le suppression du secteur privé.

Il est vrai qu’une réforme s’imposait. Le coût de la santé a augmenté en Allemagne de 12% entre 1999 et 2004, en particulier en raison du vieillissement de la population tandis que le nombre de cotisants s’est réduit de 5%. Les dépenses de médicaments ont notamment fortement progressé. D’où les déséquilibres financiers. Pour régler ce problème, la chancelière souhaitait développer les caisses privées, plus dynamiques et efficaces. Elle a dû y renoncer, face  à la pression du SPD dénonçant un système à deux vitesses. On connaît la chanson : la gauche préfère les systèmes à vitesse unique, c'est-à-dire les systèmes publics : mieux vaut une uniformité dans la misère qu’un système à deux vitesses…

Par contre, la gauche est ravie de l’instauration d’un fond centralisé, même si sa création est reportée à 2009, soit neuf mois avant les élections : c’est dire que chacun est sceptique sur l’application de la réforme. Certains pensent déjà que la coalition éclatera alors sur ce point, si l’éclatement n’a pas eu lieu avant.

Résultat de tous ces compromis : jamais la CDU n’a été aussi bas dans les sondages. C’est ce qui arrive chaque fois que la droite fait la politique de la gauche. Ici, on n’a fait qu’ajouter à la confusion avec une fausse réforme qui ne fait qu’accentuer la dérive social-démocrate du système. La grande coalition, c’est la tyrannie du statu quo, c'est-à-dire le maintien des politiques social-démocrates. Le modèle rhénan n’est pas mort, du moins pour la classe politique allemande. Et pour le sauver, comme en France, on fuit en avant !

 

 

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