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C’est du moins ce que racontent les antiaméricains viscéraux. Il s’agit évidemment d’un mensonge scandaleux, qui circule pourtant avec allégresse sur nos ondes, et notamment à la télévision française. Mais ce travail de sape et de désinformation provient aussi de là-bas, par l’intermédiaire des films. Récemment (5 septembre), la chaîne M6 a programmé à 20h50 le film « John Q » de Nick Cassavetes. Réalisé en 2002, ce film se veut une charge contre le système de santé américain et le Président Bush. Le héros du film prend en otage un hôpital pour obliger les médecins à soigner son fils qui refusaient de le faire car le père ne disposait pas de l’argent nécessaire pour payer les soins. Au-delà du côté ubuesque de la situation, ce film voulait montrer aux téléspectateurs français la monstruosité du système de santé américain et empêcher ainsi toute réforme en France. La réalité est, néanmoins, différente. C’est un autre grand reproche que les Européens font à l’Amérique. « Vous avez créé des millions d’emplois mais avec d’énormes sacrifices parmi lesquels l’absence de toute protection maladie ». Ici, en Europe, tout le monde est protégé en possédant une carte d’assuré social. Là-bas, ils sont des dizaines de millions à n’en avoir aucune. C’est l’un des paradoxes de l’Amérique dont les dépenses de Santé sont pourtant plus importantes qu’en France : 13,9 % du PIB contre 9,6 %. Mais la redistribution de cet argent emprunte des voies différentes et nombreuses et n’a pas grand-chose à voir avec les dépenses sociales en France. Ce sont des dépenses qui tiennent de la responsabilité et du contrôle des Etats beaucoup plus que du gouvernement central. Pour expliquer cette situation, prenons deux exemples concrets. Une Américaine célibataire avec deux enfants mineurs à charge et qui entre dans la catégorie des pauvres est couverte automatiquement par une assurance publique fédérale. Si elle gagne plus de 1 200 dollars par mois (le seuil de pauvreté dans son cas), son statut change et elle entre dans la catégorie des personnes démunies qui ne bénéficient plus de cette assurance automatique mais seulement d’un accès gratuit à l’hôpital public. Elle peut aussi prendre une assurance privée si son employeur ne lui en offre pas une, ce qui est souvent le cas. Outre l’hôpital public, notre Américaine peut faire appel aux dispensaires appartenant aux Eglises ou aux fondations privées présentes sur tout le territoire américain. Elle ne se retrouvera jamais sans accès aux soins. Le deuxième exemple est celui d’un Américain célibataire et sans enfants, âgé de 32 ans et habitant New York. Il gagne environ 10 000 dollars par mois et son employeur ne lui offre pas d’assurance sociale. Lui-même se considère en bonne santé et n’a aucune envie de s’en payer une. Il préfère attendre encore quelques années, lorsque les risques seront plus grands ; pour le moment, il gagne suffisamment bien sa vie pour payer de temps en temps quelques dépenses chez le dentiste ou des visites chez son généraliste. Ce jeune Américain entre bien dans la catégorie des 45 millions de non-assurés. Lors du troisième débat télévisé entre les candidats à la Maison Blanche, Bush et Kerry, ce dernier a affirmé vouloir accorder une assurance sociale aux… 5 millions d’Américains qui n’en possèdent pas. En effet, Kerry ne s’est pas trompé de chiffre, mais n’a pas tenu compte de ceux qui, comme nos deux Américains, en possèdent une d’office ou bien n’en veulent pas. Ceux qui sont effectivement exclus du système ne dépassent pas 5 millions, moins que les 6 millions de Français dépourvus de toute couverture sociale que le gouvernement Jospin a trouvés en 2000. Il faut aussi considérer que les 45 millions non assurés ne sont pas constamment les mêmes ; ils entrent et sortent de cette situation en fonction de leur âge et de leur revenu. Ils sont (à hauteur de 50 %) employés dans des sociétés de moins de 25 personnes ou entrepreneurs individuels. Seulement 20 % des non-assurés se trouvent au chômage[1]. La plupart de ces personnes restent sans assurance un laps de temps très court : 44,1 % pendant moins de 4 mois et 20 % entre 5 et 8 mois. Cette courte durée s’explique par des périodes de chômage lorsque l’employé perd le bénéfice de l’assurance payée par l’employeur ou bien par la période qui s’écoule entre l’embauche dans une nouvelle entreprise et la prise en compte de l’assuré par la nouvelle couverture sociale fournie par l’employeur. Les Américains âgés de moins de 65 ans et sous le seuil de pauvreté sont couverts d’office par une assurance médicale intitulée Medicaid (les personnes de plus de 65 ans entrent dans le système Medicare) qui est dispensée conjointement par le gouvernement et par les Etats. Environ 50 millions de personnes en profitent. Concernant ceux qui possèdent une assurance privée, environ 65 % des travailleurs américains sont couverts par une assurance fournie et payée par leur employeur. Depuis décembre 2003, le gouvernement fédéral a mis en place un système d’assurance intitulé HSA (Health Savings Accounts) qui s’apparente plus à un crédit d’impôt qu’à une assurance classique. N’importe quel Américain peut y souscrire et verser sur un compte une somme qui peut varier de 40 à 300 dollars et obtient en échange des déductions d’impôts et une couverture sociale qui rembourse en fonction des sommes versées. Bogdan Calinescu Le 13 Octobre 2005
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