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En son temps, on avait
tenu la réforme FILLON pour géniale, et aujourd’hui encore les discours
officiels la saluent comme un grand succès : on en a fini avec
les perspectives de déficits. C’était oublier deux choses : la
première c’est que le système par répartition étant une stupidité
économique (en dépit de son lustre démagogique) on ne peut le sauver
d’une issue fatale ; la deuxième c’est que la réforme FILLON
était un emplâtre sur une jambe de bois, mais de plus un tout petit
emplâtre : c’est ce que l’on peut mesurer maintenant après trois
ans de mise à l’épreuve. On sait que
le noyau dur de la réforme FILLON était l’allongement du nombre d’années
de cotisation : belle imagination ! Trois ans plus tard,
il apparaît que ce surcoût infligé aux cotisants est déjà insuffisant,
ne couvrant qu’un quart des déficits, qui vont croissants. C’est le très
officiel Conseil d’orientation des retraites qui fait ce constat,
dans ses projections sur l’avenir de l’assurance-vieillesse.
Les partenaires sociaux ont dû être quelques peu étonnés de ces projections,
qui marquent une évolution sensible par rapport aux dernières, qui
remontent à 2001, avant la loi FILLON. Le Conseil envisage deux projections,
l’une à horizon 2020, l’autre à horizon 2050. Commençons par
voir ce qui se serait passé sans la divine réforme. Le besoin de financement
à 2020 aurait été de 1,7% du PIB, et en 2050 de 4,3% du PIB, soit
beaucoup plus que l’ensemble des déficits publics actuels (3% officiellement) :
en 2050 le déficit des retraites aurait donc largement dépassé, à
lui seul, le montant maximum de déficit autorisé par les traités européens.
Mais la réforme
FILLON est passée par là, avec son cortége de recettes nouvelles et
d’allongement de la durée des cotisations dans le privé comme dans
le public. Le besoin de financement après réforme passe alors en 2020
à 0,8% du PIB et en 2050 à 3,1% du PIB. Autrement dit, toute cette
« magnifique réforme » devait permettre de financer en tout
et pour tout la moitié du déficit du régime des retraites en 2020
et à peine plus du quart en 2050. Alors, maintenant
que l’on prend conscience de cette réalité – qui était inscrite dès
le départ dans les mesures prises - comment financer le reste du déficit ?
Le Conseil d’orientation
des retraites ne baisse pas les bras. Il veut financer le déficit
qui reste par le transfert de la branche chômage et par une contribution
des employeurs publics. Du côté du chômage,
une spéculation heureuse avait déjà été retenue par le plan FILLON.
Accrochez-vous : le retournement démographique va se traduire
par une réduction de la population active, le taux de chômage va s’effondrer et
devrait, selon la meilleure hypothèse, tomber à 4,5% de la population
active en 2015. Par conséquent l’Unedic serait en excédent, (dès 2009 !),
grâce à ce retour au plein emploi, et cela permettrait de financer
une partie des retraites (0,25% du PIB en 2020 et 0,8% en 2050). CQFD. Oui, mais voilà,
cette hypothèse est absurde. Non qu’il soit impossible de réduire
le chômage en France (nous en parlions encore la semaine dernière),
mais parce que c’est impossible sans un changement radical de politique
de l’emploi et que l’hypothèse du COR repose sur une vision malthusienne
de la vie économique : moins d’actifs, c’est moins de chômeurs.
Or la réalité est inverse et ce sont les pays les plus dynamiques,
dont la population active a le plus augmenté (comme les Etats-Unis) qui ont le moins
de chômage. Mais pour nos technocrates, MALTHUS n’est pas mort. Il
suffit d’ailleurs de changer l’hypothèse sur le taux de chômage pour
que ce bel édifice s’écroule, comme le montrent d’ailleurs d’autres
scénarios du COR. Admettons cependant
que le truc du chômage fonctionne, cela ne suffirait pas à combler
le déficit. On sort alors un autre lapin du chapeau : comme l’avait
suggéré la réforme FILLON, il faudra envisager une contribution d’équilibre
des employeurs publics (Etat, collectivités locales). Cela servirait
à équilibrer les régimes publics. Mais il faudrait pour cela une contribution
supplémentaire des employeurs publics de 16 milliards d’euros. Et
qui les paierait, sinon les contribuables et cotisants ? Voilà
un nouveau bond en avant des prélèvements obligatoires de nature à
ruiner complètement les Français, actifs et retraités.
Bien entendu,
cette prise de conscience ne va pas convertir le Conseil d’orientation
des retraites à la capitalisation. Il va chercher encore d’autres
recettes, dans une fuite en avant toujours plus grande. Mais la démonstration
est désormais faite par ceux-là même qui doivent mettre en application
la réforme FILLON : les retraites n’ont pas été sauvées par cette
réforme. Il n’y aura aucune solution tant qu’on n’abandonnera pas
l’impasse de la répartition. Seule la capitalisation parce qu’elle
allie responsabilisation et placement des sommes épargnées, est à
la hauteur de l’enjeu. Mais le terme lui-même est tabou. Ni le COR,
ni le gouvernement, ni les syndicats ne l’emploient. Mais la réalité,
elle, ne manquera pas de s’imposer. Et c’est demain, car 2050, c’est
le moment où partiront en retraite les étudiants d’aujourd’hui. Que
pensent –ils des lendemains souriants qu’on leur réserve ?
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