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A l’occasion des mouvements récents qui ont affecté le prix du pétrole (hausses et baisses brutales, mouvements de yoyo), beaucoup d’observateurs, mal informés, ont dénoncé le rôle néfaste des spéculateurs : ceux-ci aggraveraient les fluctuations de prix, qui s’éloigneraient ainsi de la réalité économique de l’offre et de la demande. On entend d’ailleurs le même discours pour la plupart des matières premières, surtout lorsqu’elles comportent des marchés à terme, où, effectivement, les spéculateurs sont présents. Or, la réalité est inverse et les mouvements de spéculation ont tendance à réduire les fluctuations de prix ; c’est par exemple le cas pour des marchés comme ceux de l’or, où des spéculateurs tels que les arbitragistes réduisent les écarts de prix entre les diverses places boursières. Toutes les études montrent d’ailleurs que les marchés à terme réduisent l’amplitude des fluctuations. En outre, ils n’existent que parce qu’ils ont une utilité directe : permettre aux entreprises de se prémunir contre une variation des prix, en en renvoyant justement le risque sur le spéculateur, qui joue un rôle d’assureur. C’est ce que souligne Olivier RECH, directeur des études économiques à l’Institut français du pétrole (IFP), dans un entretien accordé au Figaro-économie. Le Figaro souligne qu’on « entend parfois que la forte hausse des prix du pétrole s’explique par l’intervention de spéculateurs. Ce reproche est-il valable ? » Réponse : « Dire cela, c’est refuser de voir l’évidence : les capacités de production n’ont jamais été aussi tendues depuis les années 70 ; les unités de raffinage fabriquant les carburants les plus nobles fonctionnent à pleine capacité ; tout le monde a surestimé la vulnérabilité des économies avancées à la hausse du baril. La croissance tient et, même à 60 dollars le baril, la consommation reste forte. Voilà les quatre vraies raisons de la hausse du baril ». Mais « quel impact ont les spéculateurs qui jouent sur la hausse ou la baisse future du prix du pétrole ? ». « Sur les marchés pétroliers, il existe deux sortes de joueurs. D’abord les acteurs commerciaux de la chaîne pétrolière - producteurs, raffineurs, distributeurs et consommateurs-, qui sont confrontés au risque de hausse des prix (consommateurs), de baisse (producteurs) ou des deux en même temps (raffineurs). Ces acteurs viennent sur le marché à terme pour éliminer ce risque. Si par exemple j’achète un baril virtuel à 60 dollars et que le baril réel vaut soudain 65 dollars, le bénéfice que je réalise sur le baril virtuel compense ma perte sur le baril réel. ». « Théoriquement, si tous les acteurs se couvrent, les risques s’annulent. Dans la réalité, toutefois, si le raffineur est extrêmement sensible au risque et se couvre systématiquement, le producteur se couvre peu puisqu’il subira au pire un manque à gagner. » « C’est donc un équilibre instable ? ». « Oui, et c’est là qu’interviennent les acteurs non commerciaux, ces fameux spéculateurs. Eux font un pari sur l’avenir des prix. Plus le baril monte du fait des couvertures des acteurs commerciaux, plus les spéculateurs compensent en proposant des options de vente, avec une commission pour rémunérer leur risque. Les spéculateurs fluidifient et donc stabilisent la marché pétrolier car ils prennent les risques à contre-courant, que refusent les autres ». Voilà ce que
ne comprennent pas les étatistes de toutes tendances : les interventions
des Etats sur les marchés provoquent des déséquilibres, ne serait-ce que
parce qu’ils entraînent de faux prix. Par contre, les mécanismes de marché,
eux, et en particulier les marchés à terme, réduisent l’incertitude et,
grâce à l’action des spéculateurs, diminuent le risque des autres opérateurs
en matière de prix. Mais évidemment, admettre que les spéculateurs jouent
un rôle économique positif et que les marchés peuvent s’autoréguler, ce
n’est pas politiquement correct. Il est plus correct de croire que c’est
l’intervention des hommes de l’Etat qui stabilise les marchés. Seulement,
c’est faux. Oui, les spéculateurs jouent un rôle utile dans la vie économique,
puisque ce sont eux qui stabilisent les marchés.
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